Les punaises de lit

Rien que d’avoir écrit ce titre, mon dos me gratte et une sueur froide des plus désagréables trempe mes tempes. Certains craignent les clowns, le vide, les poupées, les serpents. Je préfère passer deux semaines confinées avec tous ces charmants personnages en pleine campagne et sans Internet, plutôt que de partager la couche nuptiale d’une seule de ces bestioles. Ceux qui en ont côtoyé comprennent mon angoisse ; pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de cet animal sordide, je me ferai Gandalf le Gris et vous supplierai « Fly, you fool ».

Pire que les cafards, les souris, les moustiques, les araignées, les Marseillais à Ibiza, votre voisin.e aigri.e, les tiques, je demande les punaises de lit. Crée un jour de sadisme par l’Univers, la liste déjà longue des êtres inutiles peuplant notre planète fut étoffée avec l’un des plus minuscules et des plus vicieux. La mission de vie de la punaise de lit consiste uniquement à nous rendre littéralement fous et à flinguer notre vie sociale. Feu le 14 juillet, la nouvelle fête nationale est pour moi le 20 février, lorsque le gouvernement s’est enfin décidé à lutter contre l’envahisseur.

Comme Sarkozy à la marche pour Charlie Hebdo, la punaise de lit est PARTOUT. Sièges de métro, de bus, aéroports, gares, hôtels 5 étoiles ou AirBnb miteux, Vinted et friperies, elle rôde. Dans les campagnes, dans les villes. Globetrotteuse, elle sait être discrète et n’en a que faire si vous vivez dans la crasse ou la propreté la plus étincelante possible. Elle n’aime que deux choses : le sang humain et se reproduire. Si demain, une étude démontrait qu’une zone dans leur cervelet se gonfle de joie lorsqu’elles sentent la peur des êtres humains à son égard, je ne serai pas surprise. Cela me fend les seins mais j’aurai offert les plus beaux orgasmes de la création à ces parasites.

Je ne comprends pas la nature. Vraiment. Comment peut-on designer un lion, les canyons de l’ouest américain, Monica Bellucci et créer un truc pareil ? Mère nature s’était-elle enfilée une bouteille de mauvais prosecco la veille et assumait une gueule de bois de l’enfer le lendemain ? Elle louchait un peu au niveau des fonctions et de l’esthétisme de sa dernière création ?

La punaise de lit est plus indestructible que Chuck Norris, la mauvaise foi de ton ex et Dracula. Au moins, ce dernier, on lui jetait un peu d’eau bénite sur la bibine, on ouvrait grand les volets et si on voulait être vraiment tranquilles, on se gobait une gousse d’ail. La même recette pour se débarrasser d’un forceur mais pas de Marine Le Pen aux élections présidentielles.

Quel animal peut survivre sans air et nourriture pendant un an et demi ? Qui aime aussi bien le tissu, le parquet, le papier ? La perfide ne fuit que les surfaces lisses, comme la baignoire (quelle surprise !).
Elle se décide à passer la mandibule à gauche à 60° ou 90°, en machine, bousillant tes fringues chéries au passage. L’autre option reste le congélateur pour, a minima, trois jours. Cela fait un drôle d’effet lorsque tes amis en cherchant le pot de Ben&Jerry’s dans ton frigo tombent sur un ciré jaune, une paire de chaussures et Thérèse Raquin, enfermés religieusement dans des sacs plastiques.
– Où est le corps ? Dis-nous tout.

De tueuse en série, tu passes à maniaque dégénérée. Pour les novices, tu es une des patientes les plus intéressantes de Sainte-Anne. Pour les vétérans, le nouveau Prix Nobel de la Santé doublé du Mac Giver de la Propreté. Je pourrais être enregistrée en tant que numéro vert « SOS Punaises » pour mes proches. Lorsque je veux me faire peur, je me sers de la page Actualités de Google avec en mot clef celui de l’infâme plutôt qu’utiliser « économie mondiale », « cancer », « meurtre » ou »poltergeist ».

Mes ami.e.s se sont faits à l’idée qu’à chaque voyage en lit inconnu, je me doive d’inspecter religieusement les matelas, canapés, fauteuils, oreillers. Je vaux le détour avec mon sac à dos dans la baignoire, en culotte et soutien gorge à tenir du bout des doigts, les objets de mes suspicions. J’y mets plus d’entrain que les Balkany à détourner des fonds publics.

La punaise de lit fait ressortir ce qu’il y a de plus moche en nous. A se retrouver nu.e comme un ver sur son paillasson, un samedi 16 août à deux heures du matin, les mains pleines de sac poubelle après une nuit dans une chambre d’une qualité plus que passable à Edimbourg. Rencontrer ses nouveaux voisins à cet instant précis leur aurait certes laissé un souvenir impérissable et promis une plongée dans l’intime.

Les gens ne viennent plus chez toi lorsqu’ils apprennent que le Malin y a élu domicile. Et ne rêve pas, tu y seras moins convié à leurs petites sauteries. Après, cela peut être un argument pour s’épargner certains évènements (crémaillères, anniversaires, repas de famille) ou débusquer parmi ton entourage les demeurés inconscients, ceux qui s’en moquent. Si vous voulez me désinviter sans que je n’en prenne ombrage, vous pouvez me resservir cette excuse. Dans le doute, je préfèrerai vous croire.

3 commentaires sur “Les punaises de lit

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