Les ruptures

Je ne te connais pas, toi qui lis mes lignes. Tu me ressembles peut-être ou au contraire divergeons-nous radicalement en tout point. En revanche, nous avons un point commun, j’en suis sûre. Nous avons dû tous les deux être confrontés à une rupture ou un refus amoureux. Tu en fus soit la victime, soit le décisionnaire. Tu y fis face avec courage ou avec lâcheté. Tu mis des années à t’en relever ou oubliais en trois heures l’objet de ta peine. Il n’y a pas de règles. C’est là tout l’intérêt de l’amour : tu ne sais jamais si cela va être des pétards mouillés ou les feux d’artifice de la Saint-Sylvestre. Dans son déroulement comme dans sa chute.

Mais une chose est sûre : la rupture reste le moment où les masques tombent, soit le tien soit celui de l’autre. Et des fois, sous le loup de velours, se cache la marque disgracieuse de l’infâmie.

Personne n’aime quitter car le mauvais rôle, de celui qui blesse, qui part, nous colle ensuite avec le même entrain qu’une punaise de lit à un matelas. Tes ami.e.s, ses ami.e.s, ta famille, sa famille, tes collègues, ses collègues, le chat, les enfants… Même ton caviste s’y met ainsi que le facteur. Tout le monde te dévisage un peu froidement. Si en plus, tu rajoutes tromperies et mensonges, ton costard commence à être salement entaché. Se regarder dans la glace tous les matins peut s’avérer complexe et tu décides ainsi de louvoyer un peu avec ta conscience pendant quelques semaines.

De mon point de vue, il n’y a rien de pire que des vies gâchées. Ces gens restant ensemble par conformisme et habitude. Je lève mon verre à tous les courageux, à tous les largueur.se.s qui reconnaissent que cette vie ne leur convient plus, qu’ils ou elles sont tombé.e.s amoureux de quelqu’un d’autre et pensent être plus heureux ailleurs. La vérité ne fait pas mal : elle est ce qu’elle est. On vivra plus de ruptures et de rencontres en soit qu’autre chose, à l’exception des chanceux, des lâches ou des mariages arrangés.
Les gens de ton entourage t’en veulent car tu colles un petit coup d’épée dans le décor de leurs existences bien rangées et de leurs croyances. Mais, ils oublieront et te donneront raison au final, si tu as été courageux et si tu as fait les choses proprement.

Et c’est là que le bât blesse.

Quitter oui : dire la vérité et faire preuve d’un tant soit peu d’empathie et d’humanité ne font pas parfois partie du packaging de la rupture. Cela serait trop simple, trop beau peut-être.

Il existe depuis la nuit des temps, circulant de mains en mains et dans toutes les strates sociales de la population, la Bible de l’excuse moisie. Certains, encore plus courageux et moins téméraires face au ridicule, opteront pour le Ghosting. Ils disparaissent comme la seconde chaussette, la prime de fin d’année, les masques du Covid, ton billet de cinquante balles, ta décence un samedi soir, les résolutions au 2/01… Tu as beau t’acharner à envoyer des messages et à les appeler, ils sont les Xavier Dupont de Ligonnès de la relation amoureuse.

Concernant cette Bible de l’excuse moisie, chacun peut y piocher des excuses plus hallucinantes les unes que les autres au lieu de prononcer le très simple « je ne t’aime plus » ou pour le début de relations « je me suis enflammé.e un peu vite, je me sentais seul à en crever et tu étais mon pansement, merci, à la revoyure».

Personne ne peut lutter contre un « je ne t’aime plus » mais je pense que celui qui largue décide de pimenter un peu le jeu. Volonté d’être créatif ou d’offrir un demi-mensonge qui blessera moins l’orgueil dévasté du largué ?  « Nan trop simple… trop attendu… Je vais aussi te laisser cogiter pendant des mois ou juste enfoncer un peu plus le clou dans l’absurde ». Les gens ne se rendent pas compte de l’indécence illogique de leurs propos et le pire, dans toute cette histoire, c’est qu’ils te feront passer toi, la personne restée sur le carreau, pour la personne qui ne comprend rien. L’idiot du village. Cela leur permettra également de les conforter dans leur décision : tu es un peu con-con face à des génies pareils, tout de même.

Le problème est, que lorsque nous reprenons ces fameuses excuses et justifications bien des années plus tard, on peut se demander sincèrement qui est le génie des deux. En voici une petite compilation des plus savoureuses.
Après plusieurs années de relation, « Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas de réels sujets de discussion » : nous nous sommes donc regardés pendant tout ce temps dans le blanc des yeux mais ô chose combien étonnante, le temps est passé vite.
« Tu ne me plais pas physiquement » : une cuite du samedi soir provoquant la cécité et l’éjaculation précoce durant plusieurs semaines, un cas inédit pour tous les médecins de France et de Navarre.
« Je ne t’avais pas dit qu’on était dans une relation libre ? » : ce genre d’informations n’est pas celle que l’on oublie malheureusement.
« A cause de tes intolérances au gluten et au lactose, c’est pénible de manger avec toi, on ne peut rien faire » : notre relation tenait donc à un MacDonalds, une baguette et une pizza quatre fromages…
« Je fais les choses bien, j’aurai pu te larguer par SMS » : OHMYGAD. Laissez-moi vous décerner la médaille du mérite, Monseigneur. J’adore votre manière de voir les choses et d’assumer vos responsabilités. Vous auriez en effet pu me battre comme plâtre, me cocufier et me refiler le SIDA. Vous avez raison, baissez donc votre pantalon, je m’en vais vous en remercier avec une petite fellation. Quelle belle personne vous êtes !

Tout cela prononcé sèchement et avec un chouïa de condescendance. Collons lui ensuite du « Salut Miss » ou « Salut mon petit », « je te souhaite une bonne continuation » par messages, histoire d’enfoncer le clou rouillé dans les paumes.

C’est bête un coeur brisé, c’est doucement têtu et obstiné. C’est moche quelqu’un qui pleure, c’est ennuyeux les larmes. Cela jure avec l’image parfaite que l’on a de soi-même, avec cette nouvelle vie que l’on souhaite lancer au plus vite.

Les ruptures donc. Celles qui te font perdre ou prendre dix kilos, qui font fuir ou attirent le sommeil, qui stimulent ou détruisent ta créativité. La bonne nouvelle, c’est que personne ne meurt d’un coeur brisé. Roméo et Juliette se suicident mais ils ont plus pour objectif de s’échapper d’un carcan social qu’autre chose.

Et puis un beau matin, surprise : tu te réveilles, la douleur te ravage un peu moins la tête et le creux du coeur. Tu en ressens toi-même une douce surprise, un léger étonnement. Puis peu à peu, comme l’on déroule une pelote de laine, tu finis par oublier et prendre du recul. Tous ses défauts, que tu refusais de voir pendant votre relation et que tes proches avaient repéré mais t’avaient caché par amour, te sautent ensuite au visage. Tu comprends même, après coup, certaines excuses données par cette personne que tu as tant aimé. Que tu croyais tant aimer.

Le plus étonnant reste le sixième sens et le sursaut de culpabilité de ceux qui partent. Dès que tu commences à remonter la pente, leurs antennes frétillent et ils t’envoient un petit message qui suinte le souvenir grisâtre pour te faire replonger.
Ce n’est jamais très clair ce qu’ils veulent, la vérité n’est pas placardée de manière franche et précise sur l’écran de ton téléphone. Non, non, non. Ils restent toujours flous, toujours très égocentrés, ils ne présentent bien évidemment pas leurs excuses pour leur comportement détestable. Ils se renseignent ensuite sur ta vie, en demandant sournoisement si tu as rencontré quelqu’un à vos amis communs. Si tu vas bien car, aujourd’hui, ton état les préoccupe un petit peu. Il ne faudrait pas que tu récupères trop vite : tes larmes qui les agaçaient tant hier sont aujourd’hui la pommade et les légions d’honneur de leurs egos. Ils te diront peut-être même qu’ils restent ouverts à la conversation, si toi, tu le souhaites.

Un éclair de sagacité ne les transperce que rarement. La simple idée que si tu ne leur parles pas, c’est peut-être tout simplement que tu ne le souhaites pas, n’est point envisageable. Cela sous-entendrait qu’ils ne sont pas si inoubliables que cela.

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