L’amour au temps du covid

La Quarantinder, expérience anthropologique et sociologique de ces mois de confinement, nous avait prouvé la force du pangolin à rebattre les cartes des débuts d’une relation amoureuse. Au mieux, ces multiples échanges digitaux déboucheront sur quelque chose. Sinon, ils auront eu le mérite de nous occuper pendant ces longues journées cloîtrés entre quatre murs. Les liaisons dangereuses 2.0. Enchantée, Marquise de Merteuil, vautrée dans mon fauteuil et vous, Vicomte de Valmont, vous vivez en colocation ?

Ce confinement fut un terrain merveilleux pour les néologismes : on ne friendzone pas mais on confinezone. Comme nous n’avions aucune visibilité sur la date de première rencontre avec ce fameux 06 XX et sur une réelle alchimie ou non à venir, il ne fallait pas trop s’emballer. N’attendons rien d’autres de ces échanges qu’un divertissement, tout ce qu’il y a de plus prudent. Les bactéries restaient sur nos claviers.

Nous sommes aujourd’hui plus « libres » mais pouvons-nous pour autant nous enthousiasmer comme une puce au salon du tapis ? Malheureusement non : les cartes ont continué d’être mélangées.
Le coronavirus changera également les premiers dates et les débuts de relation amoureuse, tout du moins pour les personnes responsables. Personnellement, je me refuse d’être le Joey du SkypApéro, dans ma vie sentimentale. Cette situation complexe risque de durer encore longtemps et soyons lucides, tous les célibataires du monde entier ne vont pas attendre la création d’un vaccin pour se caler un rencard.

Le masque sera la nouvelle petite robe noire. On mettra plus de soin à y choisir son motif que notre tenue. « Je te jure, j’avais mis le plus beau, celui avec les petites fleurs bleues sur fond noir. Le sien était à motifs tribaux, le beauf quoi« .
Peut-être arriverons-nous à un port du masque où la couleur signifiera quelque chose, comme pour les bracelets : vert, je suis clean. Les petites fleurs : je cherche une relation sérieuse. Rouge : j’ai eu le virus mais je m’en suis tiré.e. Des lapins : plan cul only.

L’avantage du masque, d’un point de vue purement prosaïque, sera de ne plus craindre un nez sale, un aliment coincé entre les dents ou une haleine à décoller les papiers peints. Il faudra juste articuler encore plus qu’auparavant pour être sûre de bien se faire comprendre, ce qui va donner du fil à retordre à mes ami.e.s timides.
L’enlever sera plus qu’un appel du pied, où aucun doute et nulle hésitation ne seront permis : embrasse-moi maintenant ou confine toi à tout jamais.
Le garder signifiera de manière polie « je ne suis pas intéressée, désolée« , l’équivalent de la bise apposée férocement sur les joues au moment de se dire au revoir.

Allons-nous rajouter une case sur des potentielles autorisations de sortie « je suis sur un coup » ? « Première rencontre« ? « Je vais conclure » ? Où allons-nous nous retrouver, sachant que les bars et restaurants restent fermés ? Directement les uns et chez les autres pour des verres clandestins mais le cas échéant, comment virer délicatement la personne si alchimie il n’y a ? La franchise, cette valeur si longtemps décriée pour éviter de blesser les égos, fêtera son retour en grandes pompes. « J’aimerai bien que tu partes s’il te plaît » : le masque dissimulera le petit sourire crispé de l’orgueil bafoué.

Nous allons devoir minimiser les contacts avec notre entourage pour éviter les risques de propagation, soit une fin de l’éphémère et des relations multiples. La multiplication des partenaires implique une contamination différente que celles auxquelles nous devions faire face auparavant : vous attrapiez le Sida ou une gonorrhée en occultant le préservatif, cela n’impactait que vous. Uniquement votre santé et celle de votre partenaire se retrouvaient épinglées par la balle de la roulette russe. Le risque aujourd’hui est de mettre en danger Mamie ou votre meilleur copain, juste en leur claquant la bise une semaine après votre dernier date. Sale temps pour les polyamoureux, les libertins et les indécis.

Le date sous coronavirus entraîne une confiance en l’autre encore plus grande qu’auparavant. « Tu me promets que tu ne vois que deux potes, ta mère et moi ? » : nous devrons faire face à la joie de devoir rendre des comptes par conscience collective. On ne sait jamais : peut-être en face de nous, sous le masque à pois blancs, se cache le Hannibal Lecter du Covid19 ? Un charmant sociopathe dont l’objectif est de transmettre le virus à plus de personnes, de tuer à tour de bras sans se salir les mains ?

L’amour au temps du covid, donc. Cette situation nous amènera-t-elle à être plus tolérant et à donner une chance alors qu’auparavant, nous aurions rayé la personne sans trop de scrupules ? Ou, à l’inverse, à cesser une relation insipide, juste en discutant avec un masque sur le visage ? Peut-être écouterons nous plus notre ressenti au lieu de « tenter pour tenter », afin de ne pas perdre de temps.
Se quitter sur Zoom ou par SMS deviendra la norme : on taxera d’imprudents ceux qui le feront en face ou alors, à trois mètres de distance, pour les plus courageux. Le ghosting des familles restera une solution de facilité mais moins décriée.

Et toute cette situation deviendra une mine d’or pour tous les scénaristes de téléfilms d’ici quelques années… Joséphine Ange Gardien se téléportera à gogo pour apporter son masque à Gérard, dresseur de chauve-souris, venu avouer son amour à Caroline après leur rencontre sur Gleeden.

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