Brûler

Je brûle. Je brûle, depuis que je suis en âge de m’émerveiller devant un livre, d’écrire. Une sensation inoubliable et reconnaissable entre mille, ressentie pour la première fois assise sur un petit fauteuil de cuir rouge. La tête penchée, attentive, j’effleurais de mes doigts d’enfant le carton ou le papier. Je garde le souvenir vivace de me plonger dans les plis des pages, de peindre sur la toile de mon esprit les personnages, les décors, les dialogues grâce aux illustrations et la voix de ma mère. Une petite voix me murmurait inlassablement, à chaque heure de pur émerveillement devant les histoires contées, « c’est ça que je veux ».

Même si la flamme s’amenuisait certaines années, certains jours, jamais elle ne s’est complètement éteinte. Les cendres n’attendaient qu’un soupir ou une inspiration pour crépiter de nouveau.

Nous brûlons tous, nous ressentons tous à un moment clef de notre vie cette vibration, cette déflagration, véritables barils de poudre près de l’étincelle. Une énergie destructrice, une allumette qui s’enflamme près d’une flaque d’essence. Spectaculaire. Dangereuse. Vivante.

Cette flamme de la vocation évoque aussi celle de la colère. De l’injustice, de la vérité.

Je brûle certains soirs où je décide de m’abimer, où je laisse l’alcool désinhiber mes propos et mon sens des conventions. Je brûle que la vérité éclate au grand jour, que les flammes lèchent chaque recoin de peau au moment où j’énonce les faits, simples et inévitables, violents et honnêtes. « Tu es torche », avait ri une de mes très bonnes amies un soir où je lançais une croisade dans un Uber.

Je ne suis pas torche, je suis incendie.

Feu de joie, feu de prairie, feu de forêt, feu follet, où mon énergie embrase tout ce que je touche, où je n’attends que l’explosion en une cacophonie de crépitements. Où mon sang en fusion doit jaillir, irradier pour que je me consume et fasse des autres, de moi même, une terre brûlée.
Pour que mon esprit, faute de quoi s’enflammer, s’éteigne et sombre dans des tourments poussiéreux glacés.
Pour que des cendres, je renaisse à nouveau et que je puisse brûler. Encore. Encore.

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