Il est né, le divin enfant

Votre copine s’est donc transformée en Mumzilla et vous a tenu la jambe pendant neuf mois sur sa condition insupportable de femme enceinte. Vous avez vu votre meilleur pote se prendre réellement le chou sur la couleur du berceau, lui qui ne sait même pas monter un meuble Ikéa sans votre aide. En parallèle, ils ne sont pas au courant de votre harcèlement moral, du décès de votre chat, de la rupture difficile avec l’amour de votre vie. En conclusion, vos amitiés ont pris un coup dans l’aile mais vous avez cassé votre PEL pour offrir le nounours en coton biologique et le porte-bébé Made in France à Ximena. Naïvement, vous vous dîtes que tout changera une fois que votre chère amie aura mis bas.

Mauvaise nouvelle : le pire, c’est quand ils naissent.

Vos soirées et vos retrouvailles sont littéralement parasitées sur tous les plans. Tous les sujets de conversation ne tournent qu’autour du divin enfant. S’il est présent, vous devez vous extasier sur son minois et sur la mine resplendissante de la jeune maman. Cette dernière ne ressemble pas à Kate Middleton mais plus à Madame Mime : d’un côté, je la comprends. Sortir trois kilos d’un endroit qui me procure du plaisir en général m’est antithétique.

Ma vie n’est jamais aussi compliquée que dans ces instants-présents. Je suis dotée de la malédiction du visage honnête et cela, depuis ma plus tendre enfance. Mes yeux et chaque centimètre de mon visage crient mon exaspération, même si ma bouche reste hermétiquement close. Cela m’empêchera, à vie, d’accéder aux postes dits à « haute responsabilité » soit ceux où il est question de soutirer de l’argent élégamment aux riches en les flattant outre mesure.

Le manque d’objectivité des parents envers leur rejeton me laisse aussi pantoise. « Il est surdoué. Bilingue, anglais et français« . Mes excuses, parlons-nous bien du même ? Du gamin qui hurle à la mort depuis dix minutes, me perforant les tympans à la scie sauteuse ? Depuis ce matin, ton charmant enfant ne fait que baragouiner des mots sans queue ni tête et a juste manqué faire sauter la maison de vacances en allumant malencontreusement le gaz.

Ils te pourrissent ton feed Instagram avec des photos mal cadrées et des légendes d’une niaiserie abyssale accompagnées de # à foison : #mumlife, #serenitymams, #mavie, #mylife, #maman, #jetaime, #monmonde. Et le #silence, il est où ? Tu donnes ton like par acquis de conscience mais tu n’en penses pas moins.

Après, cela se gâte et il n’y a pas de transition. Vous continuez votre existence comme bon vous semble, à faire la fête, à prévoir des weekends, à retrouver vos ami.e.s autour de bières et de pad thaï, à rester au lit jusqu’à midi si cela vous chante. La jalousie s’implante alors dans le cœur de ces personnes, qui ont tant voulu ce gosse, cette étape obligatoire pour toute vie réussie, cette case à cocher dans la To Do List d’adulte. Les jeunes parents se rendent compte d’une chose très désagréable, tardivement : leur liberté s’est envolée en même temps que leurs comptes. Elle a disparu dans les méandres des couches, des vêtements Petit Bateau, des jouets en bois. Sauf qu’il n’est plus possible de renvoyer le produit au fournisseur, il n’y a aucune clause d’échange ou de remboursement. Bon, ça aussi, on vous avait prévenu. Pas d’échange ou la DDASS sur le dos.

Les parents sont débordés, ils conspuent ces jeunes inconscients qui continuent de profiter de leurs vies alors qu’eux ont choisi d’opter pour la grande mission terrestre. Continuer de surpeupler la planète et de flinguer leur taxe carbone.
« Tu n’as pas d’enfants, tu ne peux pas comprendre ». « Tu ne peux pas être débordée, tu n’es pas mère ». « Tu as tellement de chance de pouvoir voyager autant ». « J’aimerai tellement lire comme tu le fais ». « Ne me dis pas que tu dors jusqu’à neuf heures les weekend, ne te plains pas de tes insomnies s’il te plaît. Elle ne fait pas encore ses nuits ».

Remettons les choses au clair. Poliment, je vais même essayer. Tu as voulu te lancer dans la grande expérience de la vie. Grand bien t’en fasse.

Merci de ne pas me faire assumer ni culpabiliser vos actes, en me faisant passer pour la fille super chanceuse, si pleine de temps libre. Quand je serai seule dans ma maison de retraite à Trifouillies-les-Oies, que tous mes copains seront morts ou lorsque nous serons trop sourds et fatigués pour entamer une conversation, je ne viendrais pas pleurer sur mon sort et ma solitude. J’assumerai. Je mangerai ma soupe dégueulasse dans mon EHPAD, en espérant que mon dentier ne tombe pas par terre car personne ne sera là pour le ramasser. Je fêterai Noël avec tous les vieillards Alzheimer qui auront déjà oublié mon prénom avant le dessert.

7 commentaires sur “Il est né, le divin enfant

  1. Ciao ma reporter préférée. Super article celui-ci. Ce que j’ai aimé particulièrement, c’est comme tu l’as terminé. A partir de « Les parents sont débordés ». Comme on dit chez moi… « Hai voluto la bicicletta? Adesso pedala! »

    J'aime

  2. J’ai une fille qui va bientôt avoir 12 ans, et pas à un seul moment je ne l’ai regrettée (il faut dire qu’on a eu du bol : elle a vite fait ses nuits, a toujours été calme, en bonne santé, etc., donc on s’est pas fait arnaquer sur la marchandise ;-)).

    Mais j’ai beaucoup aimé ton article car déjà, il m’a fait rire et ensuite parce que c’est tellement vrai ! Moi aussi j’en ai marre des nanas qui soûlent tout le monde sur leur grossesse puis sur leur bébé ! Chaque fois j’ai envie de leur répondre « nan mais c’est bon j’connais, ya 12 ans que jsuis passée par là, tu m’apprends rien cocotte ! »… Les hormones, la péri, l’allaitement, le porte-bébé, les meufs semblent croire qu’elles ont inventé tout ça… Faut qu’elles se calment…
    En tout cas j’espère qu’à aucun moment je n’ai été aussi casse-c******* avec mes amies et collègues quand ma fille était petite, contrairement à l’une d’elles qui nous bassine dès que son gosse fait un gribouillis sur une feuille…

    Et merci pour cet article !

    J'aime

    1. Hello Skyler, merci pour ton gentil commentaire ! Je suis ravie que ta fille n’est pas été trop pénible enfant, avec un rapport qualité-investissement conséquent 😉
      Et pour les futurs parents et bien… Au moins tu me rassures, je ne me faisais pas de fausses idées, même en étant de l’autre côté de la barrière.

      Aimé par 1 personne

      1. Attends qu’ils grandissent les gamins des femmes que tu connais, après tu auras droit à son 1er pipi sur le pot, son 1er mot, ses 1ers pas, sa 1re gastro et j’en passe… (avec photos et détails à l’appui bien sûr !)

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s