Les animaux de compagnie

Je n’ai pas trouvé d’images libres de droit comprenant un gros « FUCK » et une police sympa : j’ai donc du me rabattre sur une photo de chat. Oui, des fois, Pexels, Pixabay et la vie sont des garces. Mais il faut faire face.

Si l’on veut s’assurer que l’on murit, un des essentiels de la To Do List d’adulte au sujet de notre aménagement intérieur reste, en dehors des plantes, l’animal de compagnie.
Ayant la capacité de décimer une plante jugée comme indestructible par Truffaut et n’étant toujours pas en mesure de m’alimenter correctement seule à 28 ans, opter pour un animal de compagnie relevait du masochisme. Ou du sadisme.

Je vais donc viser ici les autres. Ces personnes qui décident, envers et contre tout, de m’exaspérer en adoptant un animal de compagnie. Je sais qu’il en faut peu pour que je ne m’agace mais ma haine contre cette typologie de personnes ne fait que s’accentuer d’années en années.
(« Elle y va un peu fort », soufflez-vous derrière votre écran. Vous ne m’aimez pas pour mon sens de la mesure : cela se saurait.)

Globalement, lorsque se pose la question de perdre de l’argent et de se mettre des fers aux pieds, certaines personnes aigries citeront les mariages et d’autres, saines d’esprit, les enfants. Nous occultions, naïfs que nous sommes, une autre carte : l’animal de compagnie.
Les gens opteront majoritairement pour du classique : j’ai nommé les animaux sur côtés soit le chat ou le chien. L’originalité se jouera sur la race de la bestiasse en question.

Personnellement, je n’ai jamais compris l’intérêt de claquer un SMIC pour cautionner la consanguinité. Le délire Habsbourg nous a démontré que les gens finissaient fous, limités intellectuellement, à baver partout et à la santé vascillante. Charles II d’Espagne en tableau n’est pas spécialement vendeur mais encore moins version animal domestique, sur mon canapé.
Comme ils sont dégénérés, tu laisses l’équivalent financier de ton prochain road trip au Cambodge chez le vétérinaire. Les races d’animaux sont similaires aux marques de fringues : on te vend la qualité mais au final… Entre le t-shirt blanc The Kooples et celui de Go Sport, la différence est ténue.

D’autres décident d’adopter les animaux dits inutiles type poissons, souris, hamsters ou phasmes. Je cherche encore l’intérêt de pareilles bestioles : même niveau décoration et post sur Instagram, ça ne casse pas trois briques. « J’ai vu dans les yeux de mon poisson l’amour vibrer » : arrête les acides.
Evoquons également les originaux : serpents, tarentules, scorpions. Ils se prennent pour Beauval dans leur F2.

Je me transforme en publicité vivante pour Zyrtec dès que je côtoie un être doté de poils. Je deviens Dark Vador, la cape en moins, la goutte au nez en plus. Sexy.
Cela me rend irritable et très vite, on m’enguirlande « ah mais tu ne sais pas t’y prendre avec les animaux ! »

Comme de toute manière la beauté est dans les yeux de celui qui regarde, leur animal est extraordinaire et toi tu ne peux y déceler la magie. Ils perdent toute lucidité. « Non, non, il n’est pas gros, il est massif » : le chat pèse neuf kilos et son ventre traîne par terre… Il lustre le paquet. Sois réaliste.
Mon père répète à qui veut l’entendre que son chat est « extraordinaire ». Ses enfants ? Oh, ils sont normaux. Mais tout va bien, le chat est exceptionnel.

Je soupçonne chez certaines personnes l’attrait de l’excuse toute faite de l’animal de compagnie pour écourter les soirées ou les vacances entre ami.e.s. « Oh mais je ne peux pas rentrer trop tard, je dois lui donner à manger et faire une balade », « je ne reste que quelques jours car je n’ai personne pour venir s’en occuper ». Noisette il s’appelle, c’est ça ? Et le nom de famille, c’est « Casse » ou ça se passe comment ?

Ils tentent de te refourguer l’animal alors que tu n’as rien demandé. Certains n’essayeront même pas un weekend mais deux mois (oui, Yordan, tu es complètement visé ici).
« Ah mais tu ne veux pas le garder ? Promis, il est super bien dressé, tu n’as pas besoin de t’en occuper plus que ça… »
Non. Ce sont censées être des vacances pour tout le monde. J’habite 20 mètres carrés donc je ne me cogne pas ton braque de Weimar à domicile.
Ils insistent à l’usure et tu te retrouves à essayer de le refiler au pote absent de la conversation de groupe (« essaye avec A., ça peut être top pour son bar ! ») car oui, la règle reste la même : les absents ont toujours tort.
Puis, comme ils sont complètement gâteux, tu auras plus de leurs nouvelles qu’en temps normal. Ils te feront des FaceTime à des heures indues pour s’assurer que Noisette va bien.

Au final, tu t’attaches à la bestiole et tu leur rends, la lèvre inférieure tremblotant méchamment. Tu le gardes, même pour une heure et tu te retrouves à l’appeler « mon amour » quand son propriétaire se trouve dans une autre pièce.

En conclusion, je suis hypocrite. Diablement hypocrite. J’ai aimé aussi, un félin roux obèse.

Seize années de vie à tenter de le dresser pour qu’il saute dans un cerceau tel un tigre, lui infliger des câlins forcés en l’étouffant contre mon coeur, à lui faire prendre des bains en pleine canicule, devoir expliquer que Börek signifiait « Roulé au fromage » en turc à mon entourage (oui, mon frère et moi avons été chanceux pour les prénoms), éternuer sitôt qu’il dormait un peu trop dans mon lit, enlever des boules de poils sur des pulls, contempler une veste de costume flinguée par un besoin pressant de faire ses griffes, l’observer blotti dans les bras de ma mère, caché sous le lit l’été, sous la couette l’hiver, entendre mes amis me dire qu’il était obèse et tenait plus du bébé tigre que du chat d’appartement…

Certaines après-midis précédent la fin, je préférais rester avec lui plutôt que d’aller boire des coups en terrasse avec mes copains. Juste pour l’entendre ronronner et passer mes doigts dans sa fourrure, me galvanisant de souvenirs. Mon plus vieil ami allait bientôt partir : mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune adulte concentrées dans neuf kilos de poil angora roux et des canines affutées.

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