Les conversations digitales

Génération digitale, de la communication, de l’instantané : coucou, c’est nous. Munis de nos smartphones dernier cri payés un prix rocambolesque, nous téléchargeons toutes les applications de la création avec entrain et bonhomie. L’objectif : rester en contact. Discuter. Echanger. Rire. Organiser. Le tout à plusieurs, sinon ce n’est pas drôle.

L’idée originelle était louable : aimons-nous, verbalisons à qui mieux mieux ce que nous avons tant de mal à dire à haute et intelligible voix en face. Au final, outre le fait d’exciter la haine des lâches et d’endormir la méfiance à coups de volées d’emojis (coeurs rouges, jaunes, bleus, roses, scintillants, virevoltants, emoji bisous, rougissants), les messages nous ont pourri plus la vie qu’autre chose. Aucune personne du 18ème siècle ne pouvait s’acharner sur l’analyse d’une tournure de phrase pendant plusieurs jours. Camille écrivait, disait son amour pour Frédérique et couchait allègrement dans le foin avec Louison. Point final. Nous vivions une relation épistolaire bicéphale : aujourd’hui, les échanges deviennent multiples pour consolider des liens de groupes d’amis / connaissances qui, pour certains, ne s’adresseraient pas la parole outre mesure en temps normal.

Voici donc comment débute notre cauchemar commun : par une volonté sourde de lutter contre l’isolement et l’achat d’un smartphone.

Je développe la thèse de plus en plus sérieuse que les conversations de groupe sont des extensions du Malin pour nous faire vriller et ressortir ce qu’il y a de plus laid en nous. Réellement. Belzébuth se cache dans les conversations cryptées de nos téléphones. Le diable s’habille en WhatsApp et Messenger.

Il existe une multitude de groupes : les groupes de collègues de travail, les cercles d’amis général d’un lieu dit type universités ou écoles, les groupes familiaux. Ces groupes se subdivisent ensuite en fonction des affinités avec certaines personnes. Les noms peuvent être aussi bien traditionnels que franchement niais mais qu’importe : on s’aime globalement.

On retrouve ensuite les conversations dites occasionnelles : cadeau d’anniversaire, mariage, EVJF, soirée, groupes de copains éloignés etc… Ces personnes restent majoritairement des personnalités avec qui vos liens sont aussi lâches que ceux d’une serpillère ou bien de parfaits inconnus, dont vous ne connaissez que le pseudonyme, le sens de l’orthographe et la photo de profil.
Nous alternons entre un investissement prononcé dans la conversation, en être un réel pilier ou à l’inverse, n’en avoir pas grand chose à carrer. Tu colles un « vu » ou bascules rapidement la conversation en mute, si celle-ci transforme ton portable en bourdon bionique.

Car oui, malheureusement, certaines personnes déblatèrent sur leur existence en permanence et ne se contentent pas d’écrire leur tragédie romanesque en un seul et unique pavé. Non. Les messages sont entrecoupés et l’on se retrouve à lire 78 notifications qui auraient pu tenir en trois phrases « j’ai acheté une baguette tradition aux graines, la boulangère était odieuse et j’avais envie de lui cracher dessus« .

Mais cela, tu ne le sais pas. Naïf.ve, tu récupères ton portable après dix minutes aux toilettes. Un pic d’adrénaline te prend lorsque tu vois les 135 messages non lus, tes yeux sortent à moitié de leurs orbites. Tu t’attends à un drame, une nouvelle dantesque jetée à la face du monde, tu scrolles pendant trois minutes et te retrouves à deux doigts de choper une tendinite au pouce. Qui est mort ?! Pierre ?

Mais non. Pierre s’est enguirlandé et écrasé face à la boulangère. Il mange actuellement un sandwich rosette-beurre maison.

De base, il ne s’agit pas d’une information qui risque de mettre en PLS notre existence lors d’un verre. Mais, pardonnez-moi, quel est ici l’intérêt de nous narrer cette daube ? Si les SMS étaient encore payants, tu ne nous aurais pas infligé pareille conte. S’il te plaît, imagine que tu payes encore 50 balles de forfait SFR pour 30 textos lorsque tu saisis ton smartphone.
Pense pareil pour les MMS et ces innombrables photos partagées. Je ronge mon frein pour ne pas répondre, sans cynisme : JE M’EN FOUS DE TON GOSSE, DU CHAT, DE TA BOUFFE DE CE MIDI.

Ma vie s’est illuminée lorsque j’ai empêché Whatsapp d’enregistrer automatiquement les photographies partagées. Je me retrouvais avec une mémoire saturée, des images d’intérêt et de qualité plus que variable issues du quotidien de mes proches. Quotidien où, s’il ne s’agit pas d’une nouvelle hallucinante (selfie bague de mariage, nouveau bébé Gollum arrivé sur terre par exemple) et où tu es indirectement concerné.e (photographie de groupe de la dernière soirée, dossier vidéo pour un powerpoint de mariage), les photos des groupes, tu t’en cognes comme de ta première couche Pampers.

Les groupes type EVG / EVJF ou cadeaux communs me provoquent également des poussées d’urticaire. Tu ne peux pas t’embrouiller avec certains participants car tu ne les connais pas : tu prends sur toi et relances à grand coups de smiley, messages privés. Plusieurs se transforment en Xavier Dupont de Ligonnes lorsque vient le moment de donner leur avis sur le cadeau, la destination ou le montant de leur participation. Ils la bouclent tandis que tu t’escrimes à jouer les chiens de bergers de l’information.

Pour une raison obscure (ou disons la vérité, ce sont des individus mêlant sadisme et un je-m’en-foutisme des plus détestables), ils te recontacteront la veille comme des fleurs.
« Ah au fait, je dois combien à qui ? Pourquoi vous avez pris ça, je suis pas sûre que ça lui plaise… En plus, je crois qu’on lui a offert quelque chose de similaire l’année dernière« .

Je ne suis pas quelqu’un de violent mais ce genre d’attitude me donne envie de coincer leur tête entre les dents d’un castor et d’appuyer. Longuement.

Il y a également les individus totalement inconnus aux bataillons et que tu ne peux t’empêcher de juger. Ils balancent leurs avis moisis politiques en pleine conversation, sur le ton de l’ « humour », le tout teinté d’un chouïa de condescendance. « Je ne te connais pas mais je trouve ton analyse de la dernière élocution de Le Pen particulièrement réductrice…« 
Revenons sur le sujet principal s’il te plaît : dis-moi combien tu casques.

Évidemment, tu te retrouves à vouloir cracher sur leur tête en off type « je prends combien de tôle si je l’égorge à la scie sauteuse » sauf que bien évidemment, tu te trompes de groupe, dans lequel se trouve la personne à abattre.
« Oups, mauvaise conversation, hihi, c’était pour rire »
Se croiser ensuite à l’évènement risque d’être compliqué et l’individu te fusillera du regard. De loin. Il aurait pu t’insulter en face mais t’envoyer des messages acides reste la preuve d’un courage inexistant.

Ce qui me fait relativiser sur ces conversations de groupe reste l’objectivité de nos places : je suis la reloue d’une ou plusieurs personnes. Mon histoire sur les punaises de lit ne les passionne pas outre mesure et elles doivent à leur tour me prendre pour une folle (à tort ou à raison, la morale de l’histoire ne le dit pas).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s