Les déménagements

Les déménagements… Cette étape indispensable avant de commencer quelque chose de nouveau. Le voyage avant la destination finale.
En soit, si l’on y réfléchit, notre existence a commencé par un déménagement. Nous avons quitté l’utérus de notre mère, chaud et confortable, pour un lit à barreaux et des draps en coton. Je ne sais pas si nous y avons gagné quelque chose mais la vie, dans sa grande bonté, nous alertait dès le premier jour de notre naissance : déménager est une tannée. Un cauchemar. Une aventure avec son lot de douleur, de sang, de larmes, d’affaires perdues en route (cordon ombilical ou livre fétiche), de détritus à jeter (placenta vs pull hors d’âge. En soit, quelle est la différence ?).

Mais bon, le déménagement ne reste que le test le plus efficace pour découvrir qui sont les personnes qui t’aiment vraiment. Tes vrais amis. Car oui, Machin est toujours dispo pour une bière mais est-il là quand il faut se cogner les cartons de livre et un canapé dans un escalier minuscule ? Je partage ici un axiome que Platon aurait dû évoquer dans « Le Banquet » : il n’y a rien de plus chiant qu’un déménagement. Rien. C’est de notoriété publique.

Il faut choisir déjà quand déménager et certains aiment le goût du challenge ou veulent vraiment vérifier si vous êtes des amis en platine.
Par exemple, on tablera sur le plein hiver par -2°, sous la neige : nous devenons le Père Noël avec une teinte rouge vive mais bien moins jouasse que notre copain au ventre rebondi. On ne chante pas « All I want for Christmas is you » mais bel et bien « All I want is killing you » à nos amis nous ayant coincé dans ce traquenard d’envergure. Nous dirons que l’on se réchauffe à force de descendre et monter les escaliers et l’on occulte assez vite le mois de l’année… Mais que dire de ceux qui décident de plier bagage en plein mois d’août ?
Mary-Lou et Guilhaume, merci encore de m’avoir fait vivre mon pire cauchemar. 2020 n’aurait pas été pareil sans cette aventure d’exception vécue à vos côtés : un déménagement sous canicule parisienne, soit 37 degrés où l’orage, les éclairs et la pluie décidèrent de battre la mesure de nos allées et venues du cinquième étage sans ascenseur à la camionnette.

Les déménagements permettent aussi d’identifier les tares cachées de tes proches. Nous pouvons évoquer dans un premier temps les organisés frôlant le totalitarisme dictatorial « toi tu prends ça, toi tu fais ci et hop, hop, on ne tarde pas. Quoi, tu es enceinte mais tu ne veux pas prendre le canapé ? Si tu n’y mets pas du tien aussi, on ne va jamais y arriver, il faut qu’on aille vite. ».
Staline et Mao, c’était sympa il y a cinquante ans, pas en 2020. Tu n’as pas non plus le charme de Ross en train d’hurler « Pivot », dans une cage d’escalier.

Il y a aussi les bordéliques (mes préférés) : tu arrives et les cartons ne sont pas finis, ils n’ont pas pensé à prévenir tous leurs autres copains.
« Bah si, ça sera amplement suffisant, on est trois pour vider un cinq pièces en quatre heures, on est efficaces. »
Erreur. L’union fait la force et surtout dans cette période sombre qu’est le déménagement. Une faille spatio-temporelle s’ouvre : notre rapport au temps n’est plus le même. Tout en prend. Tout est décuplé. Tu clignes des yeux trois fois et il est déjà 19 heures, les voisins hurlant à la mort.

Car oui, les déménagements sont l’occasion de rencontrer pour la première (ou la dernière) fois ton voisinage. « Oh vous partez… Quel dommage… Et vous allez où ? Et pourquoi ? »
Mais qui êtes-vous ? QUI ETES-VOUS ? Quel dommage de quoi ? On a jamais taillé une bavette ensemble en dix ans, je ne vous ai jamais croisé et c’est aujourd’hui lorsque je porte un carton de sept bons kilos qu’il faut absolument faire connaissance ?
Puis il y a tes nouveaux voisins qui ne pourront s’empêcher de glisser un « je comprends que vous déménagez mais faites un peu moins de bruit dans les escaliers, il est tout de même 18 heures. Faites attention à ne pas laisser de traces noires en passant un peu trop près avec les cartons ou votre fauteuil dans le hall d’immeuble. »
Ouvre la bouche un peu pour voir, est-ce que tu arriverais à porter le carton sur tes incisives ?

Tu repères aussi les amis conviés pour ce grand moment et tu sais d’emblée s’ils sont courageux et solidaires ou lâches et égoïstes. Dotés d’un super pouvoir, celui de la vue bionique, ils repèrent d’instinct les cartons de coussins, d’oreilles, de casseroles, les lampes et te laissent te cogner l’intégrale de la Pléïade ainsi que le canapé convertible. « Oh lalala, je suis crevé.e ».
C’est moi qui vais te crever.

Tu repères aussi le carton gênant. Celui d’emblée où tu sais que si tu le portes, avec ta poisse légendaire, il va s’écraser sur le sol. Et tu y retrouveras, jetés pêle-même, le god(-ceinture), la crème anti-mycose, le dernier livre d’Eric Zemmour, une photo dédicacée d’Alizée encadrée… Majoritairement, les déménageants ne te laissent pas y toucher « non non, laisse-le moi, ça va aller avec ma sciatique si je porte celui-ci, mais oui, promis, prends ces deux coussins à la place ».

Le déménagement reste l’occasion de faire du tri, de se débarrasser des merdes objets que tu gardes car « on ne sait jamais ». Nous n’avons pas idée de ce que l’on conserve sous couvert de ces quatre misérables mots (autres périphrases utilisées : « ça peut toujours servir », « une belle valeur sentimentale », « Machin me l’a offert »). Non, le chargeur de ton téléphone d’il y a dix ans, l’écouteur cassé, les chaussettes pleines de trous, le pull que tu n’oses pas mettre même pour dormir, le pantalon trop petit, la vaisselle brisée ne servent à rien. Même pour un pot pourri.

Je ne détaillerai pas ici l’importance d’avoir l’esprit pratique, de choisir un logement avec ascenseur ou d’être doté d’un permis de conduire pour cette foutue camionnette. Vous me lisez, j’imagine que par déduction logique, vous êtes brillant.e.s (un peu de jets de fleurs ne fait pas de mal).

Mais bon, une fois que tout cela est derrière toi, tu te sens brave. Fier.e. Courageux. Qui peut se vanter d’avoir grimpé le Mont Fuji quand tu as déménagé deux appartements au sixième étage dans des immeubles sans ascenseur ? Personne. Quant à tes ami.e.s, tu les pries de ne pas déménager tout de suite et faire en sorte soit de rester célibataires ou en couple longtemps.
Prenez votre temps. Vous êtes bien ici. Mais si, même si votre voisin est Landru et hurle tout seul à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, vous êtes heureux.

2 commentaires sur “Les déménagements

  1. Je suis une bonne amie, je ne demande jamais d’aide à personne. Je paie des gens qui conduisent la camionnette (je suis parisienne donc je n’ai évidemment pas le permis) et portent mes cartons. J’adore les déménagements ! Vivement celui de 2021 !

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