Merry Shitmas

« All I want for Christmas is… »
Commençons par vous mettre en tête une chanson exaspérante avant la lecture de cette chronique : cela viendra peut-être adoucir mon côté acide.

A moins de vivre au fin fond de l’Amazonie, vous devez bien vous douter que nous arrivons à la période la plus charnière de l’année : un jour, ou deux, ou trois où l’on nous râbache que nous devons être heureux.ses. Peut-être l’êtes-vous. Peut-être ressentez-vous, comme moi, le besoin de grincer un tant soit peu des dents.

Je commencerai ma harangue par les présents : trouver un cadeau pour certain.e.s relève d’une réelle tannée. Ces personnes n’ont pas de passion, pas d’envie ou sont prises d’une frénésie dépensière les 364 autres jours de l’année. Et tu ne te vois pas leur offrir un deux pièces à Paris, de la bienveillance ou du PQ plus doux que celui qu’ils possèdent, les trois choses qui leur front cruellement défaut.

En plus, Noël reste toujours extrêmement gênant car il pointe du doigt nos amis radins. Mais si tu sais… Ceux qui te glissent un « l’important, c’est d’être ensemble ». Je ne parle pas des personnes devant faire face à des réductions drastiques de leurs salaires mais bien des autres : ceux qui ont de l’argent mais des oursins, que dis-je, des tarentules mixées à des porc-epics dans leur porte-feuille.
Ils doivent bien se frotter les mimines en pensant au Covid-19 : ils ont une excuse. Ils t’offrent un magazine alors que tu sais très bien qu’ils n’ont pas été impactés par la crise DU TOUT. Ils papillonnent des cils et te répondent « Ah mais oui le Corona tu sais » alors que toi, tu as préparé les billets pour Bali (si un jour on réussit à se débarrasser de cette pandémie, Inch Covid).

Noël permet aussi de savoir qui te connaît bien ou si tu es pour eux leur boulanger. Tu découvres chez ton entourage des facettes inattendues et leur appartenance à la caste la plus ignoble : celle des goûts de chiottes.
« Mais oui, j’ai toujours rêvé de ce manchon en fourrure de loutre ! » « Quelle magnifique idée que cette peinture rupestre où s’ébattent des oies, des sangliers avec des ailes d’ange… ».
Comme nous vivons une époque révoltante, la franchise ne peut être affirmée et encore moins en ces jours saints : tu dois donc faire semblant de trouver ces cadeaux absolument fantastiques. Je finis pour ma part chaque réveillon à la recherche de mon César de la meilleure actrice, emballé sous le sapin.

Puis il y a aussi les flemmard.e.s qui n’ont pas voulu se creuser la bobine plus qu’autre chose : ils glissent sans vergogne les packs de cadeau type produits de beauté (tu te demandes du coup si tu pues ou si l’on profite du marketing genré le plus détestable), le Goncourt (le résumé du bouquin semble extrêmement chiant, même s’il est primé), une écharpe pour la troisième année consécutive (sorry not sorry, je n’ai qu’un cou), les livres de cuisine (mais vous me direz, il n’y aura plus que ça à faire pendant les confinements 2 et 3 qui se profilent).
Certain.e.s joueront la carte de l’originalité : les masques en tissu et le gel hydroalcoolique feront partie des it-gifts. « Ca peut toujours servir » mais on tablera sur du Gucci car oui, le luxe touche décidément tous les domaines et même les plus débiles.

Noël ou les choix stratégiques…
Apéritif, entrée, huîtres et divers fruits de mer (crevettes, coquilles Saint-Jacques, bulots), foie gras, dinde, pommes dauphines, haricots verts, fromage, bûche, fruits… Arrosons tout ça gaiment de vin, champagne et de trou normand (soit de la glace avec du calvados) puis d’un petit digestif. Tu manges, tu manges, tu manges, jusqu’à l’implosion : nous tablerons donc sur les pantalons strench et des collants. Dormir sur le ventre relève d’un exploit surhumain, véritable culbuto humain où soit les pieds, soit la tête peuvent toucher le matelas.

Célébrons l’arrivée du divin enfant mais surtout le retour des vraies embrouilles ! On choisira de déblatérer sur l’actualité (je vous invite à aller lire les dîners pour vous rappeler les sujets proscrits) mais comme Noël reste un cadeau, on abordera des thématiques plus funs et en lien directement avec cette fête. Le foie gras est-il synonyme de cruauté ? Qui a eu la bonne idée d’aller casser un caillou, d’y découvrir un mélange de morve et de sperme puis de se dire « tiens ajoutons y du citron » ? Les vegans râlent, ceux qui ne le sont pas les taxent d’obscurantistes et tout le monde s’écrase les pieds sous la table car « on ne va pas se fâcher à Noël quand même ! ».
– Ah mais tu es sûr.e, tu ne veux pas goûter ?
– J’ai bientôt trente ans. Je ne suis plus à l’âge où l’on me forçait à être ouvert d’esprit gustativement parlant. Tu veux que je te vomisse dessus sinon ?

Factuellement, le corona est une bénédiction : interdiction d’embrasser et de serrer dans ses bras les personnes que tu ne peux pas blairer et où tu te forces en temps normal car « après tout c’est Noël. »
C’est Noël de rien, la personne pue la mort, m’insupporte et là, je dois faire semblant pour l’image ? On est pas dans un téléfilm Netflix, je ne vais pas me réconcilier avec lui car il finira à moitié mangé par un ours avant la fin du dîner.

Noël nous ressert une pinte de pression sociale : plus tu approches des trente ans, plus on te regarde en coin avec petit soupir. « Peut-être l’année prochaine, il y aura un petit Jésus… »
Pas de réaction.
« Mais si, tu sais, un bébé… C’est tellement magique de voir la réaction des enfants à Noël ».
Personnellement, je suspecte ces personnes plus enclines à mettre mal à l’aise qu’à être réellement prêtes pour ce grand chamboulement. J’ai étudié la possibilité de glisser sous le sapin une gigoteuse brodée « Il n’y a pas qu’un nouveau confinement qui arrive en 2021 », juste pour donner un coup de fouet à la soirée. Mais provoquer un arrêt cardiaque et aller encombrer les urgences déjà saturés pour cause de COVID-19 ne m’a pas semblé indispensable : je conserve cependant cette idée dans un coin de ma tête pour d’autres fêtes.

En conclusion, il y a des Noël plus heureux que d’autres. Mais profitons de celui-ci et de nos proches avant le reconfinement qui se profile…

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