Le métro

Hier, je me suis retrouvée dans un métro parisien extrêmement vide, loin de l’effervescence attendue d’un samedi soir. Seule dans mes deux wagons, je me faisais la réflexion, sourde et réaliste, que le confinement changeait certes notre rapport au temps mais également au quotidien. Quotidien qui inclut les transports en commun.

J’adore le métro. Son odeur de pisse au petit matin et au coeur de la nuit, ses barres de fer collantes, ses chewing-gums collés sur les sièges, ses flaques de vomi déversées n’importe quel jour de la semaine, ses strapontins embaumant la crasse…

Non, je plaisante. Mais comme je mène une féroce campagne anti-Uber, que ma passion marche a ses limites et que le bus me retourne doucement mais sûrement l’estomac, il m’arrive de devoir me rabattre sur ce moyen de transport conspué par tous les Parisiens.

Un Parisien râle, c’est de notoriété publique et la liste de ses griefs est longue, longue, longue. Cependant, le métro occupe une des trois marches du podium.
(Le Parisien râle car ça l’occupe et il imagine que cela lui donne du cachet, une certaine élégance, un sens de l’analyse. Mais c’est un sujet que je développerai dans une autre chronique.)

Les gens sales se retrouvent dans le métro. J’imagine que la cohésion et la proximité donnent l’idée que l’on n’a plus rien à cacher, que nous faisons tous partie d’une grande famille…
La réponse est non. Lavez-vous. Si vous embaumez la mort dès 8 heures, ce n’est point à cause de la température aléatoire des wagons. Quant aux personnes qui éternuent sans mettre la main devant leur bouche et offrent à leurs voisins une petite douche par exemple : vous souhaitez le retour des châtiments corporels ?

Après ceux qui ont la décence d’éternuer dans leurs mains mais les reposent naturellement sur la barre, vous ne valez pas mieux. Utilisez un kleenex, aspergez-vous les doigts de gel hydroalcoolique et nous serons les plus jouasses au monde dans ce wagon. Promis.

Lorsque tu montes dans le métro, c’est un peu la loterie, surtout du vendredi au dimanche. Tu y découvres le vomi d’une personne bien trop imbibée la veille (les poubelles sur les quais sont plus pratiques, je parle d’expérience).
Enfin ça, c’était avant, les bars étant désormais fermés.
Le Covid, cette conspiration merveilleuse des radins, des flemmards et de la RATP, j’en suis persuadée.

Je hais également ce type de personnes qui te collent, qui poussent comme jamais pour rentrer dans un wagon déjà plein à craquer et où respirer devient une option. Ils t’écrasent les pieds, les mains, certains en profitent pour glisser subtilement leur paluche sur les fesses des femmes ou pour plaquer leur membre sur un bassin séduisant (True story. Un « sérieusement » balancé sèchement à la tête de l’ignoble l’avait fait changer de wagon mais n’avait pas fait disparaître cette sourde impression d’être sale).
Quant aux hommes qui écartent leurs cuisses mieux que Nadia Comaneci… Breaking news : elles ne sont pas en verre. Ou alors, rendez-vous au muséum d’histoires naturelles (l’évolution n’aura donc pas fini de me surprendre).

Les gens te poussent donc et je me mords les lèves pour ne pas hurler « Il n’y a pas de place, RECULE ! RECULEEEE. Je vais te filer un coup dans les tibias. Tu n’es pas en train d’accoucher à l’instant précis, ton enfant ne se trouve pas seul sans personne pour le récupérer à l’école, l’amour de ta vie ne va pas passer l’arme à gauche à l’hôpital dans la demi heure donc bon sang, reste sur le quai. « 

Il y a les fouineurs qui lisent tes messages par dessus ton épaule. Plus de batterie sur le smartphone pour la musique ou Netflix, oubli du livre à la maison mais au lieu de te transformer en policier de la Stasi, fais travailler ton imagination.

Le métro a tenté pourtant d’améliorer son service. Bravement mais sous couvert de mensonge : tu penses que cela va te faciliter la vie toutes ces petites innovations… Et bien non.
Les prévisions d’arrivée du prochain métro : quelle belle publicité fallacieuse. Tout un chacun peut se transformer en lapin d’Alice au Pays des Merveilles « en retard, je suis en retard », si le panneau affiche cinq minutes d’attente suite à « une régulation du trafic ». Mais régulation de quoi ? Régulation de la conjonction Pluton-Mars-Saturne ?
Les portes automatiques aussi… Abordons cette magnifique invention où elles se referment sans crier gare, kidnappant à l’extérieur du wagon ton métro, ton sac, jusqu’au prochain arrêt et te condamnant à rester parfaitement immobile. Les autres passagers te regardent en se fendant la poire, hahaha, qu’est-ce qu’on rigole, elle est bien coincée la dame.
Dommage, je ne peux pas t’écraser les pieds sous mes Doc Martens. Tu es trop loin.

On peut évoquer aussi le microclimat dans le métro parisien : savant mélange entre polaire et tropical, tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber. Le kinder surprise météorologique des rails souterraines : froid glacial ou canicule sourde, en été comme en hiver. Le chauffage et la climatisation sont joués à pile ou face : l’hiver, tu te retrouves tel un oignon à enlever manteau et pull, sur la ligne treize. Et entre deux couloirs, tu te prends un souffle de vent imprévu qui manque faire envoler jupe, robe, chapeau, chien, smartphone, voir ta personne.
En pleine canicule, les petits et petites se retrouvent sous les aisselles transpirantes de leur voisin. Leurs têtes deviennent des repose-bras des plus confortables ou des éponges sueurs.
Du haut de mon mètre 80, je me cogne l’air chaud et les remontées olfactives de l’angoisse. Mais je m’estime chanceuse.

Ma haine du métro s’explique aussi par sa capacité à être une terre d’asile de sadiques. Des personnes qui veulent nous faire du mal à n’importe quelle heure de la journée et dont la mission terrestre reste de pourrir l’existence des autres.
J’ai nommé les personnes qui grimpent dans un wagon en heure de pointe avec une valise de la taille et du poids d’un bébé éléphanteau. A moins d’être l’enfant caché de Zemmour et d’une mouche consanguine, il ne peut s’agir que du sadisme le plus détestable.
– Oh pardon, je ne vous ai pas fait mal ?
– Je suis à deux doigts de l’amputation et je viens d’acheter une poupée à votre effigie avec de très longues aiguilles. Bonne journée.
Comme le karma décide des fois de me poursuivre, je finis en permanence dans le métro où échoue une sortie scolaire. Ca hurle, ça pleure, ça rit, ça se marche dessus pour pouvoir s’asseoir sur les strapontins, les accompagnants et accompagnantes s’époumonent « ON DESCEND DANS 7839 STATIONS », « DANS 8342 ». Au final, je me retrouve à rentrer chez moi sous une pluie battante et menace d’une grippe covidée. Mais cette dernière promet d’être une cure thermale par rapport à ce trajet infernal.

Evoquons ensuite les lignes maudites. Celles que tu fuis car leur réputation les précède : saleté, accidents à gogo, chaleur ou froid polaire… La 13 occupe dans le coeur des Parisiens une place particulière : ligne la plus plébiscitée, elle reste également la plus honnie. Monter dans la 13 revient à accompagner Frodon pour une expédition dans les terres de Sauron, où tu ne sais si tu en sortiras vivant.
Il y a des lignes mystérieuses, que l’on image rajoutées pour le fun comme la 3 bis et la 7 bis. La RATP avait la flemme d’en faire une plus grande : on a donc décidé de couper la poire en deux et de faire des embryons de ligne, sans pour autant leur donner un nom.

Tu sais que tu deviens un.e vrai.e Parisien.ne quand un suicide a lieu et que cela provoque un raffut impossible sur ton trajet. Aucune compassion et tristesse pour l’âme perdue arrivée à un tel extrême, le conducteur devant faire face à un corps broyé.
– Ils ne peuvent pas se suicider ailleurs ? Jusqu’au bout pour faire chier les autres ? Les cachetons, c’est bien.
On se retrouve du coup à cramer notre karma au lance-flammes après un trajet aller-retour dans une même journée.

Après, se rendre dans le métro parisien revient à être une attraction sympathique d’un parc à sensations. Es-tu prêt pour la Tour de la Terreur de Disneyland Paris ? Tente donc une petite excursion en heure de pointe, les freinages et coupures de courant te confirmeront bien la résistance de ton estomac.

Allez. J’arrête. Les contrats sur ma tête s’amoncellent.

3 commentaires sur “Le métro

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