Les amitiés

C’est une chronique un peu particulière. Je l’ai écrite, supprimée, mise de côté, oubliée, retrouvée, dénigrée, conspuée. J’avais peur en réalité. Peur de dire mal, pas assez, de me perdre dans des lacs de niaiserie ou des vagues d’acidité.

Cette chronique ne sera pas amère. Juste douce et, je l’espère, vibrante d’amour. Après les vacances entre amis, il me fallait bien un peu de sucre et rappeler à mon entourage à quel point je l’apprécie.

« Un ami, rien qu’un ami, c’est aussi précieux qu’une vie » : je ne connais pas ce Georges Bernanos (belle moustache après petit coup d’oeil sur Google) mais il parle d’or.

Je ne sais pas à quoi l’on reconnaît un.e ami.e. Cependant, je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit d’une personne qui résiste face au temps, aux coups durs, aux changements, qui nous aide à grandir sans s’en apercevoir. Une personne où les désaccords n’éloignent pas tant que cela, si le dialogue et la bienveillance restent les principales valeurs.

On raconte, à la terrasse des cafés ou aux tables collantes des bars, nos histoires de coeur mais certaines amitiés, de par leur profondeur et intensité, peuvent être contées comme l’amour. On tombe amis comme l’on tombe amoureux. Avec rapidité, force et passion ou temps, douceur et mesure.

Il y a ces amitiés ou coups de coeur étonnants, ces vibrations de l’âme que l’on attribue en temps normal uniquement aux relations amoureuses. Ce « j’aime bien cette personne » ou « je lui donne ma confiance » sans comprendre les raisons de cet élan profond. Juste, on sait. On sent au fond de nous-même que ce qu’il se passe est différent de la superficialité habituellement attendue lors d’une nouvelle rencontre.
Il y a ces amitiés qui se nouent sur le tard, où l’on redécouvre les personnes tardivement alors qu’elles font partie du paysage depuis toujours. Où il fallait juste que chacun murisse de son côté pour réellement se rencontrer.
Il y a ces amitiés improbables où le destin semble s’en être mêlé pour que l’on ne passe pas à côté de l’autre. Rien ne nous prédestinait à nous croiser et nous entendre mais le hasard a bien fait les choses. Si hasard, il y a.
Il y a ces amitiés qui se brisent dans le silence ou dans les cris. Elles nous rappellent une rupture des plus douloureuses et sanglantes. Peut-être se défont-elles pour mieux se reconstruire des mois ou des années plus tard. Peut-être pas. Car, comme tout, rompre le lien peut parfois éviter de tout gâcher et d’en arriver à la haine la plus acerbe ou l’indifférence insolente. Quel dommage après s’être tant aimé.

Laisser partir donc. Mais laisser partir quoi ?

Un fabuleux mélange de discussions, de fous rires, de cuites, de divergences d’opinion, de coups de main, de coups de bec, de partages, de silences, d’incompréhensions, d’accès de franchise, de diplomatie, de rendez-vous, d’hypocrisie, de différences, de danses sur les tables de bars, de secrets, de rituels, de voyages, d’ambiguïté quelques fois.

Mélangez tout cela, saupoudrez-le de temps et vous en ferez des souvenirs.

Autant en amour je rame, autant en amitié je pense pouvoir affirmer que je roule ma bosse. Peut-être parce qu’aujourd’hui, je suis entourée de personnes extraordinaires.
Certain.e.s liront peut-être cette chronique. D’autres la découvriront des années plus tard. Mais dire aux gens qu’on les aime n’est jamais perdu. L’amour, plus que toute autre émotion, est mieux dehors que dedans.

A N., toi qui ne liras jamais cette chronique (« t’as un blog ? Ah cool ») mais qui seras toujours présent pour m’aider à déménager car je ne sais pas bricoler convenablement.
A S., à ces halls passés à discuter et se les geler pendant des années avant que 2020 sonne le glas de notre vraie rencontre.
A Y., à cette paix que tu arrives à provoquer chez moi alors que tu m’es si radicalement opposé.
A A., d’être ma soeur depuis plus de quinze ans. De me dire quand je me fourvoie car il faut que je l’entende.
A F., de me pousser à envisager le monde différemment. De coudre des robes magnifiques qui me vont toujours divinement bien. D’être le Saturne de ma vie.
A H. et M., pour tous ces verres passés ensemble et où je finis à chaque fois, immanquablement, par pleurer de rire.
Au Sorbonne Crew, d’être chacune si différentes et si lumineuses. De me laisser gueuler alors qu’il y a des moments où vous aimeriez bien que je la boucle. A H. d’être si forte, P. si gaie, C. si chaleureuse, M. si franche, E. si drôle, L. si bienveillante et enfin, M. d’avoir fait la guerre civile avec moi il y a quelques vies.
A E., notre amitié tient à notre tabagisme et ton don spontané de briquet. Cela ne pèse pas lourd pour les années qualitatives qui ont suivi… Mais il faut bien un début à tout.
A F., pour ta douceur et ta franchise qui perdure au delà des frontières, sur fond de spiritualité et d’ésotérisme.
A H. et A., entre poulpe, faux-cils et piercing, vous me forcez à m’affranchir de peurs ridicules.
A C., tu sais déjà tout. « On attend pas Patrick » mais je t’attendais. Pensine et oxygène lorsque je n’arrive plus à réfléchir, trier tes dragibus bleus reste un honneur.
A S., pour ta capacité à attraper des Mont-d-Or sortant du four à mains nues et me dire tranquillement « tu penses trop toi. Même quand c’est mort, tu penses encore« .
A J., de ne pas avoir pris peur à Lille quand j’ai déposé un mot sous ta porte.
A A., de lutter contre cette envie de m’étrangler dès que je trébuche. Au Cambodge. A me laisser danser ivre morte alors que tu aimerais de la discrétion. A notre futur Pékin Express.
A E., de me faire rêver par tous tes dessins, ta prévenance, ton sens de l’esthétisme et de rire face à ma peur panique des punaises de lit (coucou Edimbourg !). De m’avoir fait rencontrer tes amies si étonnantes (A.,A,, M, L-M, cœur sur vous !)
A ML et G., d’avoir eu la bonne idée de déménager dans le quinzième et de me laisser squatter lorsque j’éprouve le besoin de râler, d’approfondir mes connaissances sur les tueurs en série et de garder mon double des clefs.
A A., de me faire réfléchir en permanence sur des sujets où je ne vois pas où est le problème. De me dire non même lorsque je suis intimement persuadée d’avoir raison.
A E., d’avoir égayé pendant un an mon quotidien de consultante par ta gentillesse et notre amour partagé des One Direction. Notre bureau du fond ne me manque que pour cela.
A L., d’être mon amie freelance, tout en dégustant des gyozas, des ramens, des udons.
A O., enfin, d’avoir 1000 idées à la minute (souvent bonnes, en plus), ta spontanéité et ta capacité à gaffer avec le sourire.

A ceux qui resteront. A ceux qui s’enfuiront, définitivement ou non. A ceux qui sont déjà partis. A ceux qui reviendront. A ceux qui s’offusqueront de ne pas être dans cette liste ou ne comprendront pas pourquoi ils y sont présents. A ceux qui ne liront jamais ce texte. A ceux qui aujourd’hui me haïssent. A ceux qui ne me reconnaîtraient plus dans la rue. A ceux qui m’ont oublié. A ceux qui ont compté, comptent et compteront.

A vous donc.

Vous avez ensoleillé le quotidien de mon existence. Vous m’avez fait sourire, rire, réfléchir, voyager et parfois pleurer. Si ce que je vois dans la glace chaque matin me plait, c’est en partie grâce à vous. Votre présence m’a aidée à grandir et avancer. M’a façonnée.

Alors merci.

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