La première nuit

Je l’avoue, je plaide coupable, fustigez-moi : entre le titre et l’image, j’ai tout donné pour appâter le chaland. Mais si vous êtes là, c’est que ça a marché ou que vous êtes séduit.e.s par ma personnalité acide, mon style grinçant et ma passion peu commune des ratons laveurs.

Si j’étais sadique, je vous dirais « Eh surprise, les copains, au final on va parler lampe LED, déclaration d’impôts et recette de topinambours. Sortez vos plus beaux cutters qu’on s’ouvre les veines en coeur. »

Mais non. Je n’ai qu’une parole et la vérité reste mon fer de lance. Nous allons donc aborder ce sujet qui nous occupe en soit religieusement depuis l’adolescence. C’est à se demander de quoi l’on pouvait discuter pendant des heures durant notre enfance : des devoirs de math ? Rogue et Hedwige ? La nouvelle sonnerie « Crazy Frog » pour Nokia 3310 à 2.50 euros ? Un mystère tout de même quand on y repense.

Prendre une bière avec des copains, sans évoquer à minima trois secondes ce sujet, ne veut dire que deux choses. Option 1 : les sujets de conversation sont extrêmement plombants dans l’instant présent et glisser une histoire de fellation ratée entre deux devis de cercueil n’est pas le plus approprié. Option 2 : ce ne sont pas des copains (ou quelqu’un dans l’assemblée se tape votre ex, franchement, je ne vois que cela).

Le cul donc. On en parle, on s’échange nos histoires, nos déboires, nos fous rires, nos astuces et j’en oublie. Je pourrais aborder le sexe lorsque l’on est en couple depuis un certain temps, cette chorégraphie de corps connue à l’extrême, où la confiance nous pousse à découvrir de nouvelles facettes de nos fantasmes et peut-être même de nos personnalités. Mais je préfère m’attarder sur le premier rapport avec quelqu’un que l’on ne connaît pas. Où tous les sens sont en éveil et où notre rythme cardiaque s’amuse parfois à se prendre pour Usain Bolt.

Ce texte sera hétérocentré et je m’en excuse. Mais je ne me vois pas parler de quelque chose que je n’ai pas vécu – cela serait mentir. Et comme écrit plus haut, je n’ai qu’une parole.

La première nuit est souvent alcoolisée : on a levé la personne en soirée, dans un bar, après un date à s’enfiler des pintes à la chaîne.
Enfin, ça, c’était avant. Le COVID étant passé par là, les rencontres se font peut-être différemment : on matche la personne à 8 heures à la pharmacie après avoir demandé des suppositoires contre les hémorroïdes et du sirop pour la toux.

Lorsque l’on sort d’une relation de longue durée, le premier rapport post rupture reste particulier. On découvre un nouveau corps, de nouveaux goûts, de nouvelles habitudes. Le rendez-vous en terre inconnue mais sans Frederic Lopez (ou avec, ça dépend des goûts. Je ne juge pas. Enfin, si, un peu.).
La première nuit reste un bon crash test et révèle notre âme d’enfant : il y a en effet un côté Kinder Surprise au moment de déshabiller l’autre. On retient sa respiration à chaque vêtement ôté. Mais le plus important reste bien évidemment le dernier.

Parlons de la bite ou cette pression diluvienne sur une partie du corps spécifique pour un homme. Un baobab caché dans un Dim ne plait pas. Et on repère les feignants : dotés d’un grand manche, ils s’imaginent que cela fera tout le travail. Non, frère. Navrée. Il va falloir travailler un peu plus. Marcher les jambes écartées pendant trois jours, à cheval sur un poney imaginaire, ne fait pas rêver. La cystite non plus car tu ne le sais pas mais en bon sadique, tu vas taper longuement sur la vessie (et comme tu en as une grande, tu n’essayeras pas de varier les endroits, tu t’acharneras religieusement sur le même point).

Il y a ceux qui prennent ton clitoris pour un joystick. Ils appuient dessus comme si c’était le buzzer de « Question pour un champion », oubliant toutes les terminaisons nerveuses de la chose. Ils se prennent pour le DJ Kermesse du pauvre avec leurs platines, ils ont topé une fois un tube et depuis, tentent de resservir leur recette magique à chaque concert.
D’autres ne le trouvent jamais. Cli-quoi ?
Majoritairement, on ne retrouve jamais pour une autre nuit ces personnages.

Il arrive, des fois, que la première nuit se termine plus tôt que prévu. Je m’adresse ici à mes amis précoces et impuissants : il n’y a rien de grave. En revanche, le mensonge (« oh c’est la première fois que ça m’arrive ») et la fin de partie ne sont pas tolérés. Dieu vous a donné des doigts, une langue, une bouche, des pieds, une multitude d’attributs. Servez-vous en. Car oui, ceux qui remballent leurs cartes dès qu’ils ont tapé un set, petit rappel : ça se joue à deux ce genre de jeu. Surprenant hein ?
Quant à ceux qui veulent à tout prix tenir jusqu’à ce qu’on jouisse, vous n’avez pas idée du nombre de fois où une fille peut prier face à une horloge accrochée au mur « qu’il jouisse, putain mais VITE ». Car oui, des fois, l’alchimie ne passe pas. Ou juste, on souffre si acharnement vaginal il y a. Vous mettre comme sacro saint objectif l’orgasme n’est pas forcément l’idéal : on peut très bien s’amuser convenablement sans passer par cette étape. Et au final, quand vous vous congratulerez en mode « oh lalala je l’ai fait jouir trois fois », peut-être y aura-t-il eu une (ou deux ou trois) étape simulation dans le lot. Désolée.

On ne simule pas par plaisir (c’est bien ça le problème) ou volonté d’obtenir l’Oscar de la meilleure actrice. Il s’agit d’une question de survie, simplement. Quand l’autre te ponce le vagin mécaniquement, tu penses cystite, mycose et tout de suite, c’est moins réjouissant.
On sait en plus si l’on va jouir dès le début du rapport. Si le date est prévu un tant soit peu en avance, nous pouvons ruser : ne pas nous toucher pendant les jours précédant la rencontre, le tout pour nous assurer un orgasme. C’est une méthode sioux qui a fait ses preuves. Après, s’il n’y a pas d’alchimie, il n’y a pas et tous vos efforts n’y feront rien.

Quiconque n’a jamais été assis à côté d’une table de copines dans un bar ne sait pas ce qu’il rate. Partez du principe, Messieurs, qu’après une nuit, votre carte d’identité sexuelle est diffusée dès le lendemain auprès de tout notre répertoire à grands coups de textos et messages vocaux. Performance, qualité du bisou, du cunnilingus, propreté des draps et du corps de manière générale, nous rassemblons nos meilleures expertes pour juger ensemble. Vous voyez les inspecteurs des impôts ? Bah là, c’est pareil mais pour le cul. Tout est passé au crible.

A ceux qui ne parlent pas de cul donc : on ne se mentira pas, vous loupez le sel de la vie.
Après, je reste toujours étonnée de voir la capacité de certains mecs à s’échanger leurs conquêtes comme des cartes Pokémon. « Beau cul, belle pipe, étonnant ». Ils n’en parlent pas avec moult détails mais préfèrent tabler sur l’expérience plutôt que le récit.

La première nuit peut aussi être la promesse de mauvaises surprises. Ton nouveau partenaire ne te demande pas ce qu’il te plaît et s’imagine que, comme à priori il y a feeling, il peut tout se permettre. Non. On a pas élevé les cochons ensemble mais, en revanche, félicitations : tu es un vrai porc.
Celui qui, tranquillement, te met une claque sur les fesses sans prévenir. Pas la petite, pas la mignonne mais celle qui vient presque te filer un arrêt cardiaque et réveille par le bruit de l’impact tout le voisinage.
L’autre qui te mord et se prend pour le Robert Pattinson du pauvre. Ca passait peut être dans Twilight mais demain, j’ai une réunion donc non, on évitera le suçon en plein dans le cou. Range tes dents. Ce genre de vampire au rabais s’acharne en plus sur les personnes dotées d’un teint diaphane et nous pousse à privilégier les cols roulés en pleine canicule.
Celui qui réclame une fellation à corps et à cris mais refuse de renvoyer l’ascenseur. Dieu merci, plus l’on vieillit, plus ces sinistres personnages disparaissent de la surface de la terre.
Celui qui n’a pas la délicatesse de prévenir quand l’orgasme arrive. Tu te retrouves donc la bouche pleine, l’envie sournoise de vomir ou de tout lui renvoyer en pleine tête. Quand lama pas content, lama cracher. On ne se connaît pas suffisamment pour arriver à ce mélange de fluides et le mixte vin blanc – bière – sperme t’envoie presque directement au couvent.
Il y a enfin ceux qui s’imaginent que, comme vous êtes ensemble dans le même lit, vous avez les mêmes fantasmes et tentent. Un peu tout, sans demander. Majoritairement, cela reste relié à l’anal. Sodomie, doigt, anulingus, on y va franco du collier et l’on voit si en face ça passe. Paradoxalement, ce ne sont pas les personnes les plus ouvertes à l’idée qu’on tente la même chose sur eux alors que bon sang de bonsoir, ils ont la prostate.
Enfin, mes champions : ceux qui refusent le préservatif. « Ce n’est pas agréable », « ça me serre », « c’est pas esthétique » : petit rappel, mon grand, on n’est pas en train d’essayer une robe chez Zara.
Vous voulez réaliser un miracle ? Faire un tour de magie ? Rien de plus facile. Un simple « ça tombe bien, j’ai toujours rêvé d’être maman », balancée avec un grand sourire, facilite l’apparition instantanée d’une capote sur leur chibre.
Pensée émue pour l’un de ces personnages qui avait tenté de me faire le coup (« c’est pas naturel ») et s’est retrouvé quelques mois plus tard forcé d’assumer sa paternité après deux mois de relation avec une donzelle aussi réfléchie que lui. Karma, bitch.

La première nuit est aussi la promesse de l’insomnie et de trois heures de sommeil en tout et pour tout. Tu n’arrives pas à dormir à côté de l’autre, non pour cause d’excitation mais par peur.
Disons la vérité. Tu somnoles de crainte de te retrouver à ronfler, baver, péter dans ton sommeil. Tu ne peux pas détruire le mythe sexy et ta performance de la veille à cause d’une Morphée farceuse.
Des fois, l’autre te colle alors qu’il fait 1000 degrés. Tu n’oses pas bouger quitte à te cogner des fourmis de l’enfer dans les bras, la nuque, une crampe de l’enfer dans la fesse gauche. Le « Hug and Roll » de Ross n’est autre que la plus belle invention du monde.

Les premières nuits, tu réveilles l’autre à des heures indues pour faire l’amour. On oublie que, quelques mois ou années plus tard, si ta moitié se décide à un tel geste, tu lui colleras sèchement sa main dans la tête en grognant. Mais ça, ça concerne le couple. Et j’y reviendrais plus tard.

11 commentaires sur “La première nuit

  1. Je te le dis à chaque fois mais… Tu es une f**king genius des mots!! Merci pour les fous rires et les souvenirs qui reviennent à chaque phrases (bon ou mauvais 😂)! J’ai hâte de lire les prochains 😁😁

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  2. Excellent 🥳!!! Tu as juste oublié ceux qui te malaxent les nibards comme des balles anti stress tellement que tu te retrouves même avec des bleus 🙄🤭 mais bon…y’a quand même aussi ceux avec qui ça se passe super bien dès la première nuit…non? 😅

    Aimé par 1 personne

    1. Ah effectivement j’ai occulté ce type d’individus… je pourrais en faire une chronique supplémentaire ! Et oui il y en a avec qui ça se passe bien mais pour ça, j’ai écrit le coup de foudre 😍 Merci pour ton gentil commentaire ☀️

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  3. Plein de bon sens ce petit article.
    Je me suis bien poilé.
     » On ne simule pas par plaisir » est juste une magnifique trouvaille.
    Félicitations !

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