La Sale-Valentin

On me chuchote dans l’oreillette, discrètement, avec retenue et modération, qu’aujourd’hui, au cas où, sait-on jamais, les médias et les magasins étant restés très discrets cette année à ce sujet, aujourd’hui donc, c’est la Saint-Valentin.

Lol.

Cette bonne blague. Même en plein Covid, on nous en a donné de l’amour et de la Saint-Valentin : mails et textos de réduction pour tout et surtout n’importe quoi, rien ne nous a été épargné. Les promos sur les sous-vêtements, l’épilation du SIF, les menus au restaurant, pardon Deliveroo, les bouquets de fleurs… Tout y est. On pouvait croire que la pandémie allait stopper dans leur élan nos compères du marketing mais non. Perdu. Et comme on est un peu concons, on plonge gaiement dans ce tourbillon de superficialité consumériste, surtout si l’on est en couple.

Abordons donc la Saint-Valentin du début de relation : tu scrutes ce que va proposer l’autre. Tu pars du principe un peu bête, un peu sournois que cette date te permettra de savoir où en est votre relation, où se dirige-t-elle. Ne rien faire serait le signe que votre couple est voué à l’échec alors que l’autre peut juste avoir la flemme. Tu souris à ton partenaire « nan nan on s’en fout c’est commercial » mais en vrai, tu l’attends AU TOURNANT. Tu prends des notes dans ton calepin imaginaire, tu remplis ta base CRM et tu seras prêt.e à lui claquer ça dans les dents pour les vingt bonnes prochaines années.
« Tu te souviens, amour, il y a 60 ans quand tu m’as invité au Quick ? Je ne sais pas comment j’ai fait pour te pardonner. »

La Saint-Valentin du début de relation se doit d’être aussi la nuit de tous les fantasmes : si tu es une femme, tu finis comprimée dans une guêpière et jarretelles, avec un string de l’enfer. Tu prépares la nuit comme si tu allais faire une formation au cirque Pindair et tu épluches le Kama-Sutra. Résultat des courses : tu finiras avec des hémorroïdes (foutu string) et un problème aux cervicales (foutue brouette thaïlandaise).
Car oui au début d’une relation, il faut marquer le coup. Tout donner. Que ça brille, que ça gicle, que ça jouisse. Si tu ne fais pas l’amour le soir de la Saint-Valentin, ton entourage te dévisagera d’un oeil suspicieux.

Les campagnes publicitaires ont le mérite de toujours me faire rire. C’est à se demander s’il y a des femmes au marketing ou si elles disent la vérité en réunion, à taper du poing sur la table et s’exclamer : « mais non, c’est faux ! Ce n’est pas ça que nous voulons ! ».
Citons par exemple le fameux « Dites-lui avec des fleurs » : non, dites-le en cuisinant. Au fond, ce qu’on veut, c’est manger. On reste vénales. Après, si vos prouesses culinaires se limitent à des pâtes et des knacki, le restaurant (et aujourd’hui, Deliveroo) reste des valeurs sures.
Le soir de la Saint-Valentin, toujours au début de toute relation, nous posons un oeil aguerri sur le menu. Il faut être rusé.e. Manger oui mais pas trop : jouir ou vomir, il faut choisir. Exit le coq au vin, les mets épicés, les plats en sauce, les fruits de mer, le Kouign-Amman. Sinon, ce ne sera pas les feux de l’amour mais les wc de l’amour.

Après un certain temps, Dieu merci, la pression insidieuse de la Saint-Valentin dans le couple disparaît. On connaît l’autre, on sait qu’il s’en cogne et on a suffisamment envie de l’égorger pour ses chaussettes roulées en boule qu’on ne va pas se rajouter l’oubli de cette fête sur la liste.

Mais quand tu es célibataire, la Saint-Valentin peut être source de pression sociale insidieuse. Tu hésites presque à retaper dans un ex, un plan cul ou même à prendre le premier match Tinder.
On te regarde un peu triste pour toi « non je suis pas dispo le 14, tu sais… C’est la Saint-Valentin, désolé ». Un des nombreux avantages du Covid survint, à l’approche de cette date.
Bah vous faisiez les malins mais là cette année ça va être sushi et Netflix pour tout le monde !

Car oui, la Saint-Valentin sous Covid n’est autre que la promesse d’un Deliveroo exotique. On ira ensuite faire une balade de 17h à 18h, avant de rentrer nous carapater chez nous pour cause de couvre feu. On marchera dans notre appartement en l’imaginant comme un relai-château.

On mettra Netflix au lieu d’aller au ciné ou à l’Opéra, on changera les draps pour se donner l’impression de dormir dans un King Size à Deauville. On se servira peut-être des masques Covid pour un autre usage (ça peut être utile pour bander les yeux et moi qui sais parler à l’oreille des masques, ils me le confirment, ils ne rêvent que de ça. Ils n’en peuvent plus de supporter notre haleine toute la sainte journée, un peu de repos en les collant sur nos mirettes ça leur fera plaisir).

En conclusion, certaines personnes se mettent une pression d’enfer sur cette date. Mais après tout, cela ne s’expliquerait-il pas par le fait que le reste du temps la relation ne se passe pas si bien ? Que l’on ait des doutes pour miser la pérennité d’un couple sur la performance d’une soirée ? Mmmmh. Je pose ça là.

La Saint-Valentin reste le prétexte de dire à nos proches qu’on les aime : famille, amis, voisins, animaux de compagnie. De prendre dans nos bras nos êtres chers (on oubliera le Covid pour cette fois-ci), d’éprouver de la gratitude à les savoir en vie, près de nous. Car ce n’est pas grave si nous ne détenons pas la sacro sainte étiquette de couple : le bonheur ne se conjugue pas à deux mais à plusieurs (polyamoureux, je vous vois venir, je parlais juste ici de la joie des relations quelles qu’elles soient). La seule personne dont vous êtes sûres de passer toutes les Saint-Valentin à venir de votre existence, c’est vous-même.
Alors, aimez-vous, follement.

Et autorisez-vous le droit de manger du chocolat sans raison. Mais pas les Mon Chéri, c’est dégueulasse.

4 commentaires sur “La Sale-Valentin

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