Les exs

J’avais évoqué les ruptures, le coup de foudre, les mariages, le célibat, la Sale-Valentin, un rencard, la première nuit… Et je dois en oublier une ou deux. La beauté de l’amour ? Une source d’inspiration inépuisable.

Histoire de vous faire rire et rêver avant d’écrire sur les couples, j’ai décidé d’aborder aujourd’hui les exs. Cette chronique est également l’occasion de faire plaisir aux miens (à ceux qui me lisent, je vous embrasse bien fort mais le bureau des doléances est fermé. Restez donc silencieux, je vous prie).

Après la rupture, longuement abordée, cette personne qui a partagé votre quotidien devient un ex. Première étape : on change son nom dans le répertoire de notre téléphone. Du surnom extrêmement niais accompagné d’emojis (« Amour 😘« , « Bébé 💋 », « Ma moitié 💞 », « Mon homme / Ma femme ❤️💛💚« . Oui, je sais très bien de quoi je parle, j’ai fait partie de cette caste et je me juge aujourd’hui très sévèrement), on redonne son identité civile à notre ex (Nom – Prénom) ou on l’affuble d’adjectifs qualificatifs peu flatteurs (« Super Connard », « Seigneur des Emmerdeurs », « Erreur de ma vie », « Crève un peu pour voir »).

Mais qu’est-ce qu’un ex ? Quelles en sont les différentes typologies ?

Nous pouvons commencer par le premier amour : celui de l’adolescence, entre tes 14 et 19 ans. Naïvement, tu te persuades que l’autre est ton âme soeur, que vous êtes faits pour être ensemble alors que le monde entier (et toi y compris) sait que ton couple bat de l’aile au bout de trois semaines. Découverte de la sexualité, de la sensualité, premier « je t’aime » balancé après trois jours à s’embrasser devant le lycée, tout est ressenti avec force, passion et rage. Tu saignes ton iPod sur « Creep » de Radiohead, « You and Me » de Lifehouse, « Confessions nocturnes » de Diams, « I’ll Kill her » de Soko ou encore « Dis-moi » des BB Brunes (trentenaires, vous n’êtes pas seuls : je vous ai compris).
Aujourd’hui, tu ne peux t’empêcher de te remémorer cette douleur avec un petit frisson alors que tu sais TRES BIEN que si tu avais passé le restant de ta vie avec cette personne, tu aurais fini par t’ouvrir les veines au couteau à beurre.

Evoquons ensuite le premier amour d’adulte. Cette relation où pas mal de projets étaient mis en place (emménagement, achat d’appartement à deux, mariage, bébé), où tu as aimé plus raisonnablement que pendant cet amour d’adolescence. Follement certes mais avec mesure.
Mais la difficulté du premier amour d’adulte est double : il faut faire face à la douleur propre à chaque rupture… A laquelle s’y ajoute la paperasse de l’enfer et l’assurance de te cogner la personne un peu plus longuement que prévu.

Il y a les exs que tu oublies. Ceux qui ont si peu compté que tu as tendance à les occulter spontanément : ce sont tes amis (les fourbes !) qui te les rappellent, un petit sourire en coin. Une des raisons de cet Alzheimer ciblé est aussi la honte : on se demande quelle idée saugrenue nous avait poussé dans les bras de pareil énergumène et nous nous flagelleons ensuite religieusement.

Très souvent, ceux pour qui tu te flagelles sont aussi les exs que tes proches ne supportaient pas. Ils ne t’ont rien dit tout le temps qu’aura duré la relation, heureux de te voir nager dans le bonheur, ne pipant mot mais n’en pensant pas moins. Les masques tomberont bien assez vite, quelques mois après la séparation : « bon, il est temps qu’on te l’avoue. On n’a jamais pu mais JAMAIS pu l’encadrer. Avant chaque soirée, on était au supplice et on te regardait, on se disait « mais c’est pas possible… Cupidon louche ? Son cerveau est en mode reset pour se cogner pareil pète-couille ? Leur couple est aussi crédible que si Mère Theresa décidait de dater DSK. Les phéromones, ces garces ! »

Il y a les exs qui ont tellement (ou si peu ?) compté que tu ne peux les virer de ta vie sans ménagement. Tu les conserves en tant qu’ami, sans arrière pensée, sans sous-entendu sexuel. Une pensée te traverse l’esprit de temps en temps type « ah oui, il est vrai que j’ai eu des contacts génitaux avec cette personne » et parfois, tu en as presque un frisson de dégoût. Ou alors, tu y retournes de temps en temps pour assouvir une passion charnelle, vérifier que tout est bien terminé ou voir si l’autre a upgradé le niveau depuis le temps.

De l’autre côté, nous pouvons citer les exs avec qui conserver un lien relève de la punition divine, de l’Apocalypse et de la torture. En couple, paradoxalement, cela pouvait coller mais tu ne les supporterais pas en tant que potes autour d’une bière une fois par an. Et s’il ne restait qu’eux sur terre pour repeupler l’humanité, tu préférais encore laisser la race humaine s’éteindre.
« Mais oui, adoptons des hamster sur notre île déserte, promis, c’est cool. Et va sous ton palmier, s’il te plaît, loin. Un peu plus loin, encore. VA PLUS LOIN PUTAIN OU JE VAIS TE NOYER. »

Certains exs tentent eux de garder à tout prix un pied dans ta vie alors que tu les esquives plus que le covid. Tu leur répètes que tu ne veux pas de leurs nouvelles mais ils rodent, inlassablement. Tu en viens presque à te demander si Baygon jaune ou Baygon vert contre les insectes rampants marcherait aussi pour ce type de nuisibles.

Il y a aussi les faux exs, ces météorites de ton existence où ton âme a vibré. De manière étrange, tu y penses avec nostalgie alors qu’il ne s’agissait que de quelques nuits. En réalité, factuellement, aucun élément tangible ne mérite de leur apposer cette distinction mais ils t’ont plus apporté en l’espace d’une poignée d’heures que d’autres en quelques mois.

Nous pouvons évoquer aussi les personnes en CDD de rupture. Vous vous recroisez des mois ou des années plus tard et magie : les papillons reviennent en deux temps trois mouvements danser la sarabande dans le creux de votre ventre. Tout ce petit monde décide d’un commun accord, de reprendre, de recommencer, de donner une nouvelle chance, de s’aimer mieux.

Mais en réalité, nous crachons sur les exs à qui mieux mieux, leur attribuant telle ou telle casquette : nous oublions, qu’en face, nous sommes à notre tour catalogués sous les mêmes critères. Nous sommes l’ex relou, pénible, inoubliable, insupportable de quelqu’un d’autre.

Et l’avantage de toutes ces relations passées sont les souvenirs et les expériences qu’elles nous ont donné : elles nous ont peut-être cabossées les âmes par endroits mais elles nous aident chaque jour à affiner ce que l’on attend d’une relation et à nous construire.
Elles nous guident en soit vers la personne que nous souhaitons être et celle que nous souhaitons rencontrer. En espérant que cette aventure soit la dernière, que la magie du love opère pour reprendre les paroles de Chula de Thérapie Taxi…

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