Les jeux de société

Ah, l’approche de la trentaine… Cette étape merveilleuse.
On se rend compte que l’enfance est bien derrière nous quand on se surprend à souscrire un abonnement Disney + pour binge watcher Le Roi Lion, Mulan, Robin des Bois. On cherche à retrouver les émotions ressenties enfant lors de ces premiers visionnages, un doudou serré sur notre coeur.
Quant à la jeunesse… Et bien, vu comment on récupère d’une cuite, elle semble s’éloigner également.

Nostalgie ou fatigue chronique, nous nous tournons désormais vers des soirées jeux de société. Et même avant le Covid, le confinement, le couvre-feu, les bars et les boîtes de nuit fermés. C’est dire la déchéance.

Au préalable, j’aimerai décerner une médaille à mes parents qui s’en sont cognés des parties de Petits Chevaux, de Dames, de 7 Familles pour nous faire plaisir alors que bon sang, je pense qu’il n’y a rien de plus chiant.
« Ca faisait des souvenirs » : la bonne blague.
Expliquer les règles à un gamin ayant la capacité de concentration d’une mouche et si en plus, il était doté du gène du mauvais perdant (coucou mon frère), ne pas avoir fini à Sainte Anne relève du miracle. Ne l’oublions pas : derrière chaque parent se cache un Xavier Dupont de Ligonnès raté ou maître de ses pulsions. On ne le sait peut-être pas mais Xav’ a craqué après une partie épuisante de Cochon qui Rit.

Mention spéciale à la Bonne Paye, le jeu de l’enfer, plébiscité par toutes les familles. Il n’est en soit qu’une répétition du quotidien de la vie d’adulte : impôts, taxe d’habitation, prêt immobilier, fuite d’eau… Mais le tout imprimé sur de jolies cartes plastifiées. La voilà, la diff.

Quand on t’invite à ta première soirée « Jeux », tu te prends une sacrée mandale dans les babines. Grand Dieu, nous en sommes là ? Nous préférons oublier les pintes en terrasse pour décortiquer une notice longue comme mon avant-bras ?
Tu sais que tu passes du côté définitivement obscur si ce n’est pas juste une « Soirée Apéro-Jeux » mais que tu te cognes le dîner avant.
L’avantage de la « soirée jeux » est qu’elle coupe le sifflet à ceux, qui, pendant les dîners, amènent des sujets proscrits entre deux bouchées pour s’insulter, pardon, débattre. Ils ne peuvent pas se concentrer sur l’apprentissage des règles, l’élaboration de la stratégie et l’amorce de thématiques fâcheuses. Tu te disais donc, naïvement, que cette soirée ne pouvait que se dérouler sous les meilleurs auspices.

Erreur.

Les soirées jeux de société révèlent les mauvais perdants, ceux qui continuent d’avoir l’esprit de compétition pour un demi-pion jaune vif. « Non mais c’est bon, je ne joue plus ! De toute façon, ton repas était dégueulasse, j’en veux pas du fondant, je me tire » en balançant les cartes sur la table, le tout sous les yeux médusés des autres convives.
On respire, Miguel, tu es second. Mais il va falloir prendre rendez-vous en urgence auprès d’un thérapeute pour apprendre à perdre sereinement et gérer la frustration. La colère aussi.

Il y a, de l’autre côté aussi, les mauvais gagnants « aloooors, ça fait quoi de perdre ? Haaaan, t’aurais tellement jamais dû jouer ça… Mmmmh, tu n’avais pas peaufiné ta stratégie, ça s’est vu tout de suite…  »
Personnellement, je me cogne de perdre ou de gagner : en revanche, ces deux typologies de personnes ont le super pouvoir de me faire sortir de mes gonds instantanément.
Certains pousseront le vice jusqu’à créer une coupe qu’ils se refileront à chaque soirée, type totem de Koh-Lanta.

Les soirées jeux de société sont réservées aux potes que tu vois en permanence et qui connaissent tout de ta vie… Ou à l’inverse, les amis à qui tu n’as plus grand chose à dire. Ceux qui restent mais où les valeurs et les ambitions divergent radicalement. Tu t’assures ainsi la perspective d’un bon moment : ils la boucleront sur les sujets maudits et il n’y aura pas de gêne, de blanc, de moment d’une rare gênance.

Après, je trouve les passionnés de ce genre d’activité d’une belle mignonnerie. Ils retombent en enfance. Ils déposent le jeu sur la table comme une huitième merveille du monde, ils ont épluché la notice avant, pour être sûrs de bien comprendre et d’expliquer le mieux possible à leurs convives.
Ils écrèment les ludothèques ou les magasins de jeux de société, connaissent les noms des vendeurs et s’abonnent à leurs newsletters.
Le concept est allé trop loin pour moi le moment où l’on a ouvert les bars à jeux de société. La bière y est hors de prix MAIS tu peux jouer avec un Loup Garou en voie de désintégration. Vu comme ça, ça donne envie effectivement.

On me glisse dans l’oreillette que les jeux de société sont souvent estimés : comme l’eau de la piscine, cela semble glaciale et infernale en apparence. Mais après un temps d’acclimatation, une fois dedans, on y est bien.
Les mycoses en moins, la migraine en plus, surtout quand l’on tente de comprendre les règles de certains jeux.

Car loin de vouloir proposer des jeux dits classiques (belote, tarot, Time’s Up Dixit ou Mysterium à la limite), certains prennent cela comme un nouveau challenge : trouver le jeu le plus pénible du monde, celui où tu ne comprends pas les règles qui s’échelonnent sur trente pages. En plus, les thématiques me laissent perplexe : créons un virus pour détruire l’humanité par exemple.
Peut-être le Covid est dû non à un pangolin becqueté en toute détente mais à une soirée jeux de société avec des personnes mal lunées. Je pose ça là.

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