La vida corona

J’avais au départ décidé de publier une autre chronique, plus douce, plus personnelle, plus intime. Je ramais un chouïa, pour ne pas dire beaucoup, à en écrire la trame. Mais le gouvernement a décidé de prendre la parole et de nous faire rêver une fois de plus. Sauvée par le gong et je ne pensais pas le dire un jour, sauvée par Castex.
2021, l’année de tous les miracles.

Nous sommes de nouveau confinés pour quatre semaines. Enfin, pour les chanceux qui habitent en Ile de France et dans 15 autres départements. Jamais deux sans trois disait la légende : nous sommes en quelque sorte l’élite, ceux qui se cognent un troisième confinement. Soyons fiers, que diable, ce n’est pas donné à tout le monde.

Il y a un an, presque jour pour jour, nous écoutions notre copain Macron répéter « nous sommes en guerre » lors d’une allocution présidentielle. Son objectif était-il de nous rassurer ou de nous effrayer ? Nous étions plongés dans une ambiance digne d’un roman de George Orwell : plus de PQ, plus de pâtes. Et on fait tourner les serviettes, bien sûr.

La surprise avait été telle que nous étions tous restés sagement chez nous, à désinfecter nos courses à la javel et nous laver les mains trente fois par jour au point de s’en déclencher de l’eczéma.
Nous nous étions adonnés à des passions peu communes comme les apéros skype ou le jogging. Nous en venions à regretter des activités vers lesquelles nous ne nous serions jamais tournés en temps normal : « oh non.. Moi qui voulais tant faire le musée des égouts ! »
Nous apprenions à redécouvrir notre appartement dans ses moindres recoins : qui aurait pu croire que 23 mètres carrés serait à la fois si vaste et si étroit ? Et surtout, comment arrivait-on à stocker autant de merdes sans s’en rendre compte ? Les chargeurs alors qu’on s’est débarrassé du téléphone il y a plus de dix ans, les chaussettes trouées, les fringues type « on ne sait jamais », les tickets de carte bleue, les flyers publicitaires…

Les Parisiens se maudissaient de claquer 1 000 balles pour une cage et commençaient à envier la possibilité de s’exiler en province (Grand Dieu !). La France entière dotée de la même ambiance qu’Orléans un samedi soir, à quoi bon se ruiner pour un mouchoir de poche mal isolé ?

Tout cela pour dire que nous avons la désagréable impression d’être coincée dans une boucle spatio-temporelle sans fin. Nous en venons presque à vouloir hurler « LAISSEZ-NOUS SORTIR ! Stoppez les caméras, c’est bon. Je ne me souviens pas avoir signé un foutu papelard pour être dans le Loft. Il n’y a pas de piscine, pas de Loana, juste un Monoprix aux rayons vides ».
Un an plus tard, nous en sommes globalement au même point… MAIS nous avons pu voir notre gouvernement se ridiculiser et jouer une partie de Uno absolument fabuleuse, où les règles changeaient à chaque manche. Confinement, couvre-feu, confinement + couvre-feu… La prochaine étape est l’autorisation de sortie si, et uniquement si, on a un soutien-gorge sur la tête ?

Enfin bon, j’ai l’impression que le confinement obéit à la règle du « 1, 2, 3… Soleil » mais réalisé par un vieillard sénile, doté d’Alzheimer et sadique. « Ah, on joue à quoi.. Arf, j’ai oublié… Je ne vais pas bouger pendant quelques temps mais juste amorcer des petits mouvements d’épaule. SOLEIL ! »

Nous râlons donc et nous nous demandons si l’année prochaine, nous en serons au même stade.
17 mars 2022, un variant ardéchois dans les poumons.
Mes hommages d’ailleurs au breton, il était temps qu’un variant français apparaisse – on faisait un peu bouseux face aux Anglais. Tout cela pour nous donner envie et nous faire saliver depuis qu’ils ne sont plus dans l’Union Européenne… « Regardez, on a un truc cool » et bien non, perdu, les amis. Les Bretons sont là, peuple d’irréductibles Gaulois et leur Covid est meilleur que le vôtre. Tout aussi toxique mais plus difficilement détectable – le James Bond du Corona, c’est nous. Sorry not sorry, bitches.

On râle sur notre perte de liberté, cette ignoble sensation d’enfermement dans un lieu et un espace temps mais oui, je vous l’avoue, il y a des raisons de se réjouir de cette situation. Peut-être regretterons-nous un jour cette douce époque du Covid et des confinements.

Je vous vois lever les yeux au ciel et appeler tous les psychanalystes de France et de Navarre. « La Grande Brune déraille, elle vient de se faire un rail de gel hydroalcoolique et elle fait le jeu du foulard avec son masque…. »
Mais que nenni, promis : mes seules drogues restent le café et les vidéos de ratons-laveurs.

Savourons-donc ce confinement. Une fois de plus, il est l’occasion rêvée de télé-travailler de chez soi et ne pas mettre la caméra en prétextant une connexion dégueulasse alors qu’on est juste vautrés au fond de son lit, en pyjama.
On ne se cogne pas la tante Germaine qui veut à tout prix nous faire un bisou sur la bouche (MAIS POURQUOI ?!) et qui nous abreuve de ses idéaux noirâtres (« les préjugés sont la sagesse universelle » par exemple). Elle nous glissait, la fourbe, à chaque dîner de famille en gueule de bois « alors… Tu n’as rencontré personne ? Ma copine Cunégonde, elle, est déjà deux fois grand-mère… » On peut la mettre en mute, en toute détente, sur Zoom et accabler notre box internet, sans scrupule.
On oublie le temps pharamineux passé dans les transports en commun, à pester contre la ligne treize, les gens sales, les frotteurs, les suicidés, les pannes de signalisation, les régulations du trafic et j’en oublie.
On ressent une petite adrénaline dès qu’on fraude pour un apéro hors couvre-feu, la même sensation qu’à l’adolescence quand on volait des carnets d’absence à la CPE du lycée, se sentant l’âme d’un Robin des Bois.
On n’a plus l’haleine de certaines personnes de plein fouet dans les narines et on peut encore plus les esquiver si on les croise par mégarde « ah je ne t’avais pas reconnu avec le masque, haha, pas de chance ! »
On a l’excuse rêvée pour ne pas voir les gens qui nous fatiguent et lorsqu’on se décide à se rendre chez quelqu’un, c’est que, vraiment, on a envie de voir ces copains. Les retrouvailles se font plus douces et belles, elles s’affranchissent du quotidien pour en devenir un moment de grâce isolé.
Notre foie prend des vacances. A force d’être enfermés, nous encaissons bien moins les soirées et à 23h30, nous nous retrouvons à bailler aux corneilles. Et l’approche de la trentaine n’y est pour rien (ou presque) dans ce chamboulement interne – nous finissons par nous lever tôt pour faire des choses de notre journée comme les courses, cuisiner ou du yoga.

Allez savoir, peut-être qu’un jour, on parlera de ces confinements avec des trémolos dans la voix.

Jusqu’à la réouverture des bars. Après cet évènement digne de l’armistice, je ne réponds dans mon cas plus de rien.

Un commentaire sur “La vida corona

  1. C’est une vie au rabais à laquelle nous contraint ce maudit virus ! Drôle d expérience…j en profite pour lister toutes ces choses que j ai envie de faire une fois la liberté retrouvée et ça va bien au delà d un restau ou d’un ciné. Confinement et prise de conscience…

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