Les couples

Mes derniers articles n’étaient pas des plus poilants, je l’avoue. L’ambiance coco-corona finirait presque par altérer mon énergie et ma joie légendaire.
Heureusement, La Trentaine Tmtc reste mon shot de bonne humeur et son dernier post sur les canards m’a bien fait rire… Et a ravivé mon cynisme. Allons-y Guincamp.

Avant ou après le célibat, il y a les couples. Cycle de la vie éternelle, nous alternons souvent rupture et rencontre jusqu’à ce que la mort nous sépare… Et une de mes joies simples est d’observer le changement psychologique qui s’opère dans notre entourage, une fois que le coeur se réveille de sa douce hibernation, de son hiver de plan cul, de solitude et de rencontres peu intéressantes.

Aujourd’hui, donc, la cible de ma harangue sera les amis, les potes, les reufs (comme dirait Nekfeu) qui passent du côté obscur de la force. Vous êtes BFF à la vie, à la mort ou plutôt, jusqu’à ce que l’un des deux sombre. A se demander si l’autre ne nous avait vu que comme occupation avant la grande rencontre tellement nous disparaissons de leur vie en un tour de main.
Quand tu finis par le croiser, bien évidemment scotché à Bibounours, tu te mords les lèvres pour ne pas répondre à son « Oh, ça fait si longtemps ! Comment tu vas ? Quelles sont les nouvelles ? », un « Oh, quelle surprise ! Tu te souviens de moi ? On était amis avant que tu sois en couple ».

Déjà, ce proche devient magicien : il disparaît tel Houdini, en un claquement de doigt. Tu te demandes presque s’il n’y a pas une maladie ou un évènement traumatisant quelque part mais heureusement, Instagram est là pour te rassurer à grands coups d’insta-stories, de posts et de légendes d’une délicate mièvrerie. Bisou Tour Eiffel, citation de Grey’s Anatomy ou Moulin Rouge, modification de la légende, hashtags type #amourdemavie, #monmeccettebombe #cestlabonne. Ils ne s’épargnent et ne nous épargnent rien. Tu les complimentes sur une photo par politesse type « vous êtes beaux » et on te répondra « hihi surtout Bibounours ». Putaaaaaaaiiiiin ta gueule.

Les surnoms nous font vriller : Doudou, Bébé, Amour. Plongé dans leur intimité, tu suffoques presque. Le « Ma femme », « mon mari » ou « Monsieur le Mari » nous assènent le coup de grâce.

Passer un moment en tête à tête avec ce pote devient impossible. L’autre est devenu leur poumon gauche. Siamois. Ne plus les voir ensemble signifierait la fin du monde (ou tout du moins, le leur), le soleil se levant à l’ouest exceptionnellement.

Tu réclames un café à deux et on se cogne l’âme en peine qui ne peut pas respirer sans l’autre alors que tu ne rêvais que d’une chose, c’était de raconter ta vie dans les moindres détails : coup d’un soir, boulot pénible, famille complexe. Des informations que l’on ne révèle qu’au sang de la veine et pas à une vulgaire pièce rapportée. Tu as donc autant envie de te cogner cette personne que de t’enfoncer des morceaux de bois sous les ongles.
Mais cette pièce rapportée, malheureusement, des fois, sait tout avant même que tu n’ouvres la bouche.
– Oui, on m’a raconté pour ton dernier plan cul.. Franchement, tu as abusé. Et tes hémorroïdes, tu as réussi à t’en débarrasser ?
Wowowo, on ne nous avait pas prévenu mais la clause de confidentialité signée en amitié, elle est passée où ? On a jamais ajouté un amendement quand tu as commencé à dater Bibounours à ce que je sache ?

Tu te les supportes sans rien dire, ravalant la bile et cette mauvaise bière, en souriant poliment : ils se tiennent par la main tout du long, ils font des blagues qu’ils sont les seuls à comprendre en t’écartant volontairement « ah non, tu ne peux pas comprendre, on a trop rigolé avec Bibounours hier matin, oups, pendant la nuit, hihi, qu’est ce qu’on rit ensemble ! » Vous oui. Nous moyen.

Tu te retrouves toi à faire des concessions : tu acceptes de te cogner Bibou car tu sais que, sinon, tu ne reverras pas le pote en question avant 2032. Sa présence devient une condition sine qua none de la venue de Machin et le pire, c’est que tu crains qu’on te taxe de jalousie, de manque d’ouverture d’esprit et d’obscurantisme si tu réclames un tant soi peu d’exclusivité.

Et les rares fois où tu arrives à subtiliser ton pote à Bibounours, le verre devient extrêmement long et chiant. On sombre dans un égocentrisme révoltant quand on tombe amoureux : l’on a besoin d’en parler sauf que l’on ne se rend pas compte que les autres en face n’en ont pas grand chose à carrer. Nous les écoutons poliment mais il n’y a, en réalité, qu’eux que le sujet passionne.
Tu ne comprends pas trop ce qu’ils trouvent à ce fameux Chouchou – certains partent dans des monologues d’une longueur infinie où tu ne peux qu’opiner du bonnet et descendre ta bière rapidement. Moment choisi récupéré d’une table poisseuse d’un bar :
– Ah lalala… J’adore ses yeux. je les trouve dingues.
– Oui fin, ils sont marrons. Noisettes si tu veux…
– Mais ils sont si expressifs !
Et mon regard torve, type poisson mort flottant sur l’eau, tu le vois là ?

Ces couples partent s’exiler à petaouchnok pour avoir « une maison où faire du jardinage ensemble, on a planté des topinambours, c’était dingue ».
Ils postent sur Facebook ou Instagram des photos de leur soirée type « oh lala soirée en amoureux, ça fait du bien ! ». Vous vous êtes fait livrer des sushis et avez ouvert une bouteille de blanc… Quel exotisme, vous arrivez à vous en remettre ? A côté un safari ou un saut en parachute, c’est pour les petits joueurs. Leur journée d’exception relève en réalité plus de notre quotidien.

Ils vivent en autarcie, se contentant simplement d’être à deux, chacun étant l’univers de l’autre. Et puis ils pleureront après car tu ne les invites plus aux verres alors qu’ils sont les premiers à décommander en permanence.
– Ah vous avez tous pris un verre ensemble… Pourquoi vous ne m’avez pas proposé ?
– Parce qu’on en a marre de se prendre option A un non, option B quelqu’un greffé « à sa moitié » comme une moule à son rocher, option C quelqu’un derrière son portable à envoyer des SMS en permanence à Bibounours et nous plante au bout d’une heure trente pour le rejoindre ?
– Tu ne peux pas comprendre, tu verras quand ça t’arrivera.
Oh, la condescendance, bon sang, cela fait longtemps qu’elle n’avait pas pointé le bout de son nez.

Tu n’as de leurs nouvelles que si Bibou est parti en weekend avec des potes – on t’appellera avec moults soupirs et là, le verre sera calé et vite. Ils te diront « oui, il faut être là pour moi, Chouchou est parti quatre jours à la campagne, ça va être dur ». Ils sont perdus, littéralement perdus, sans Machin et semblent réapprendre à interagir socialement. Des cockers, des chiots et ils tenteront de rattraper les six mois de retard sur ta vie.
– Mais pourquoi tu ne m’as pas appelé ?, te répondront-ils suite à toutes tes annonces.
Car oui, ça sera de ta faute d’avoir préféré prendre le large, un poil exaspéré par ce pote que tu ne reconnaissais plus, son identité absorbée par l’étiquette couple.
Ou mieux ils te contacteront s’ils se sont engueulés. Tu les supportes en train de pleurer au téléphone ou au café, en boucle sur les raisons de la dispute (très souvent incompréhensibles pour des personnes extérieures) et tu te contentes de leur filer des mouchoirs. Tu deviens courrier du coeur parce que là, les copains, c’est quand même bien pratique.

Mais il s’agit ici des premières étapes de la vie de couple, cette fusion étonnante où tu oublies travail, famille, patrie pour ne se concentrer que sur l’autre et cette effusion des coeurs.
Il y a après ce moment si intéressant où les couples deviennent un peu installés, où tu les connais depuis des années ou justement tu les croises par hasard au détour d’une soirée.

Le sujet s’annonce vaste et amusant – j’y reviendrai plus tard. A la semaine prochaine.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s