Le SPM

Après avoir ragé toute mon enfance de ne pas être un garçon, j’apprécie aujourd’hui, à 29 ans, d’être une femme. Malgré la pression sociale, les menaces, les préjugés. Malgré beaucoup de choses.

Mais s’il y a bien une fois par mois où je regrette vivement mon utérus, c’est avant la période fatidique mensuelle. Les règles, les anglais, les ragnagnas, les menstrues (si on est coincés au 18ème siècle)… Et on s’arrêtera là pour les noms d’oiseaux attribués à cette chose. Peu sont jouasses et d’autres, à force de jouer la carte de l’originalité, deviennent franchement gerbants.

Mais reprenons, je m’égare.
Chaque mois, je me retrouve à gémir, tempêter et hurler cette simple phrase « dans ma prochaine vie, je veux une bite ».
(Samuel, je suis d’ailleurs navrée que notre conversation Messenger devienne une fois tous les 24 jours le bureau des doléances de mon utérus. Tu es un vrai pote).

Comme dans Gênecologue, j’invite mes lecteurs masculins (ils sont rares sur ce blog, à part mon sang de la veine et un ou deux exs qui rodent) à se plonger dans cette chronique. Promis, lisez cette chtite chronique : vous allez apprendre deux trois choses.

Commençons par la finalité de l’exercice et une breaking news : les règles ne sont pas une période très réjouissante. Je n’ai jamais rencontré une seule personne sur terre avouer « oh, le premier jour ? J’adore ! ».
Chaque nouveau cycle débute par des crampes de l’enfer, où tu as la désagréable impression qu’une main te broie l’intérieur des entrailles. La douleur provoque diarrhée, mal de reins et en bonus, une tête proche de l’explosion. Si tu es poissarde, les règles viendront accompagnées de leurs copines hémorroïdes pour un peu plus de fun dans ta culotte.
Nous apprenons à vivre avec une bouillotte vissée sur le ventre, nous transformant doucement mais sûrement en kangourou ou pokémon Leveinard. De temps en temps, les fourbes te réveillent en pleine nuit et tu t’apercevras avec horreur, lors de ce réveil imprévu, que tu as flingué ta culotte préférée et tes draps. Et oui.
En conclusion, nous maudissons notre utérus de ses morts.

Et toute cette douleur, ce sang, ces larmes, cette haine, pourquoi faire ?
Juste pour peut-être avoir la chance de nous cogner une épisiotomie après une transformation en Kinder de neuf longs mois, où nous nous serons privées de sushis, vin blanc et fromage pour les moins bien loties. Pendant que vous, Messieurs, vous continuerez de vivre vos best lives avec une petite bière et en nous regardant enfler tels des bilboquets. Je vous aime bien (souvent), vous m’exaspérez (fréquemment) mais je ne vous déteste jamais autant que lorsque j’ai mes règles.
– Oh ça va, ça ne doit pas faire si mal.
Le prochain qui ose proférer pareille ineptie, je risque d’avoir la main un peu leste sur les bijoux de famille. Tu n’as pas d’utérus, tu la boucles.
– Tu les as encore ? Mais c’était il n’y a pas si longtemps ?
Il est mignon, le bonhomme. On ne parle pas d’un abonnement que je peux résilier en un claquement de doigt et que j’esquive depuis quinze ans par pure phobie administrative.

Abordons le syndrome pré-menstruel, le SPM dans le jargon. L’abréviation de Suicide Par Mois, Si Peu Mignon, Souffrance Psychologique Mensuelle à n’en pas douter.
Quelques jours avant l’arrivée de l’hémorragie, notre humeur change, soit doucement soit du jour au lendemain. Dans mon cas, je suis prête à pleurer devant une photographie d’un bébé phoque ou car je n’ai plus de pâtes. Ma lessive n’a pas autant parfumé mon linge que d’habitude. Tout devient source de frustration, d’agacement et de désespoir.
Je paranoïse encore plus, je meurs d’envie d’appeler tout mon répertoire pour récolter un shoot de tendresse. Aller me blottir dans les bras d’un plan cul et qu’il me dise qu’il m’aime, que je suis la femme de sa vie alors que notre idylle a autant de chance d’aboutir que celle de Drago et Harry. C’est dire.

Le SPM provoque une remise en question des plus violentes. Les questions tourneboulent dans notre esprit : qui suis-je ? Suis-je vraiment heureuse ? Ne suis-je pas en train de créer de toute pièce mon existence pour me conforter à des standards ? Est-ce cela que j’attendais pour ma vie ?
Et si je plaquais tout pour réaliser un tour de van dans le Périgord, nue, avec un lama domestique ?

Évoquons également la chute drastique de notre niveau de patience et l’enclenchement du mode putasserie ou l’apparition des réparties assassines.
A mes amis : je vous vois venir type « ça va Dracula, tu n’as pas perdu tout ton sang depuis quinze ans, quel miracle fait que tu ne sois pas encore desséchée ?! ». Je suis navrée : Dieu m’a donnée le don d’envoyer aux pelotes avec panache, menstrues ou non. Mais ne vous inquiétez pas, cela se paye : je suis toujours célibataire et plusieurs individus de sexe masculin doivent m’appeler Voldemort.
Après, je suspecte certaines personnes de tout mettre sur le dos du SPM, juste pour le plaisir de balancer deux trois pics bien acerbes.

La faim se ramène aussi, féroce et insidieuse. Il faut manger, beaucoup, en permanence mais pas de papaye, de fenouil, d’haricots verts à la vapeur.
Cela serait trop simple, déjà qu’on est dans une partie de plaisir des plus évidentes. Le corps réclame du sale, du gras, du sucre et dans des quantités astronomiques. Trois pizzas, pain avec du fromage, de la Nocciolata à la cuillère, quatre pots de Ben & Jerry’s, burgers, pâtes, chocolat… L’estomac devient un gouffre sans fond, digne d’un adolescent de treize ans. Sauf que nous n’avons plus le métabolisme de Jean-Edouard… Mais surprise, bien son acné !Un troupeau de boutons s’est joyeusement implanté et ils baladent leur tête blanche gaiment, sur les maxillaires ou le menton.

Le masque n’aide pas cette sombre affaire mais dans mon cas, j’aurai été prête à encaisser les chtars. Avec dignité, patience et honneur avant les grandes mers rouges.
Perdu, cela ne suffisait pas au packaging.
Le reste de notre corps nous rappelle bien ce qu’il va se passer comme si ça ne suffisait pas. Les seins sont lourds, tendus comme jamais et enfiler un soutien gorge relève du masochisme. Un faux mouvement, on se cogne un peu méchamment et un glapissement nous échappe, digne du dodo et du tigre mélangé. Quant à notre partenaire, une empoignade un peu rapide nous donne l’envie de lui mettre un coup de boule.
Les jambes sont lourdes, deux poteaux en acier que l’on se trimballe avec difficulté. Last but not least, le ventre devient un petit ballon de baudruche et des vents peuvent s’en échapper (j’ai tout donné pour cette métaphore filée, qu’on se le dise).

Voilà, Messieurs, ce à quoi vous échappez. Mais après près de trente ans passés avec vos semblables, j’ai remarque que certains hommes sont atteints du SPM (coucou Papa). Celui-ci apparaît surtout lorsqu’ils ont faim ou quand un rhume les terrasse (coucou Papa bis). Mais ne vous inquiétez pas, je n’hésiterai pas à vous dédier une petite chronique sur vos fâcheuses habitudes.

Signé, Voldemort.

(Une abonnée m’a recommandé ce fabuleux podcast et j’ai ainsi découvert le compte SPM Ta Mère. Allez jeter un oeil).

2 commentaires sur “Le SPM

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