Le Summer Body

Malgré des températures absolument scandaleuses cette semaine, à croire que la météo ait collé ses RTT en retard en nous affligeant un climat digne d’un mois d’octobre, j’ai décidé de me pencher sur ce fameux Summer Body. Celui où l’on nous inflige des unes de tous les médias féminins dès mars à base de « Parfaite pour l’été », « Perdre trois kilos », « une sodomie sans effort ».

Ah pardon, je me suis trompée de sujet.

Reprenons : « Désincrustons notre cellulite », « Je dis adieu aux poils avec l’épilation définitive », « Adieu les kilos du confinement ».
Tant de torchons qui ne sont même pas en coton 100% bio.
On vivait tranquillement avec notre winter body alimenté aux raclettes et au vin rouge (seuls plaisirs de la vie nous restant en ces temps troublés !) et là, la société nous rappelle qu’il court le COVID certes… Mais la pression sociale aussi.

Poignées d’amour, muscles peu apparents, six packs portés disparus, calvitie, pilosité trop importante : si tu as au moins un de ces attributs, tape dans tes mains (et là, la France entière applaudit, c’est merveilleux).
Nous détestons notre corps car il ne ressemble pas à des critères de beauté dont nous avons été abreuvé toute notre enfance. Des stars au physique lisse et sans défaut, photoshoppées à l’extrême. Instagram participe à cette machination infernale avec ce nombre incalculable de filtres visant à lisser notre peau, allonger nos cils et nous donner bonne mine. Bref, je ne vous apprends rien.

Cerise sur le Big Mac, nous vivons dans une société grossophobe où l’on produit massivement du 34 alors que la taille lambda est du 42.
Dire gros ou grosse est devenu une insulte alors que c’est juste factuel. « Elle est forte » : non, elle ne soulève pas des voitures. Elle est grosse. Point. A vous de voir l’intonation et le jugement que vous voulez mettre derrière.

Pour être beau et désirable, il faut cocher un grand nombre de cases toutes n’ayant qu’une logique de qualité variable et subjective. On se ruine pour des liposuccions, on s’inflige des hématomes avec des palper-rouler, on s’affame religieusement à base de thé vert et de citron, on court sans plaisir trois fois par semaine et on se fait arracher les poils du SIF à la cire chaude.
Si je comptais l’argent dépensé pour ce genre de choses, nous pourrions tous être au moins propriétaires d’un F2 à Nevers. Si nous avions écrit durant ces heures à pleurer et nous flageller sur notre physique si ingrat, nous serions des romanciers accomplis.
Tout ça pour quoi ? Pour qu’on nous trouve baisable ? Désirable ?
Boarf. Et par qui en plus ?

Bien évidemment, nous vivons dans une société où les gens ont de grandes difficultés à la fermer. Il y en aura toujours une poignée pour nous asséner, la bouche en coeur, « t’as grossi », « t’as des boutons », « t’as mauvaise mine », « on voit tes racines ».
Breaking news : ce sont des personnalités toxiques.
Tips : répondez leur poliment « j’ai un miroir ». Si vous êtes en forme, glissez-leur un « toi aussi ». Très souvent, ça calme.

Ah ce summer body, ce summer body…
Mais summer de quoi ? Nous avons un body. Cela devrait nous suffire. C’est souvent le même que le winter, le spring et l’autumn (je maudis les anglicismes présentement). La seule chose de différente, c’est comment nous décidons de le parer et de lui dire que nous l’aimons. Il n’a pas de raison d’être au placard durant une saison. Les cons sont de sortie tous les jours de l’année et ils sont bien plus néfastes qu’un ventre rebondi.

Faisons un petit exercice tous ensemble : fermez les yeux (pas trop longtemps, vous avez une chronique à finir que diable) et visualisez une personne qui, physiquement, combine tous vos fantasmes. Tout. Vous avez l’envie folle et impérieuse de lui arracher ses vêtements un à un et de lui lécher tout ce qu’elle voudra, doigts de pied inclus…. Jusqu’au moment où l’objet de votre luxure ouvre la bouche et commence à être raciste, xénophobe, misogyne, homophobe, misanthrope, fermée, prétentieuse et dépourvu d’humour.

Vous avez toujours envie de le mettre dans votre lit, ce sosie psychologique d’Eric Zemmour feat Marine Le Pen ? La passion sexuelle a ses limites.
Demandez à vos proches, à vos amoures, vos exs pourquoi ils vous ont aimé : aucun ne vous répondra « car tu faisais du 36. Pour tes yeux bleux. Pour tes cheveux longs si blonds comme les blés. »
Et si c’est le cas, il est temps de les virer assez vite.

De mon côté, je suis proche des critères de beauté validées par la société et pourtant… Je me suis cognée un nombre incalculable de complexes. 1m80 donc bien plus grande que la plupart des garçons (je ne parle même pas ici des filles), la peau très blanche me donnant un teint de fille anémique et fatiguée en permanence, des hanches que je juge larges, un oeil plus petit que l’autre, des fesses et des seins peu volumineux, des pieds taille 42, une cicatrice sur ma joue comme une veine éclatée, une acné cyclique.
A la louche.

Et un matin, je me suis levée. Je me suis dit que je ne pouvais pas changer une grande partie de ces choses sans mettre ma santé en danger (un teint abricoté ne serait possible qu’en m’abreuvant d’UVS ou en allant vivre sans crème solaire au Burkina Faso). Je devrai m’infliger des choses que je ne voulais vraiment pas faire (repasser sur le billard pour traiter ma cicatrice ou ratiboiser mes mollets).
Se cogner du sport à l’extrême, manger sain et dire adieu au fromage, sushis et bière n’est pas un choix que je suis capable de faire. Je me cognerai donc ma cellulite sur le cul. Lorsque je la regarde, je me dis qu’elle a le goût de fous rires entre amis, de moments de douceur et de réconfort avec moi même. Basta.

On ne voit pas avec les huit yeux des autres : il y aura toujours des gens pour vous trouver moche, pour qui vous serez « trop » ou « pas assez ». Mais il y en aura toujours pour vous trouver sublime et vous jalouser en secret. Tandis que vous vous focaliserez sur vos cuisses, vos bras, vos seins, d’autres s’extasieront sur vos fossettes, vos cheveux, vos fesses.
N’oublions pas que les gens sont aussi occupés à vivre leur vie : leur remarque méchante ou leur avis nauséabond sur votre corps ne leur traversera l’esprit qu’un dixième de seconde. Ils retourneront ensuite à leur quotidien médiocre et leurs propres préoccupations.

Nous passons des heures à nous flageller devant la glace, une loupe grossissante sur nos défauts.
Nous oublions que ce corps nous aide à avancer, rire, jouir, manger, serrer les gens que nous aimons dans nos bras, danser. Qu’il soit amoindri, fatigué, brisé, replet, maigre, conforme, musclé, flasque, acnéique, velu, vous êtes vous. Et c’est quelque chose que personne ne peut vous enlever. Notre corps n’est qu’une partie de notre identité, il définit si peu ce que nous sommes : en revanche, il nous permet d’être libre et de ressentir par nos cinq sens. Un joli moyen de locomotion. Ne laissez pas votre cerveau l’empêcher de vivre. Vous empêcher de vivre.

Dansez nu chez vous : cela fera sourire vos voisins. Soyez vivant.
C’est tout ce qu’on a et ce qui nous restera.

4 commentaires sur “Le Summer Body

  1. « Tout ça pour quoi ? Pour qu’on nous trouve baisable ? Désirable ? Boarf. Et par qui en plus ? » : J’aurais aimé être capable de ce type de réflexion quand j’avais 25 ans ! Le « par qui en plus » est tellement vrai ! En vieillissant, on s’impose moins de choses pour les autres. Maintenant, je ne me fais torturer chez l’esthéticienne que pour moi-même 😉

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  2. Lorsque je regarde mon corps imparfait j’y vois a présent un visage épanoui et je me dis que c’est pas simple de s’accepter mais quand on y arrive on est quand même vachement plus libre ! Je me sens bien depuis que des gens comme toi écrivent des choses positives comme ça. Merci tellement. Je m’abreuve de tes chroniques, elles sont si justes, elles finiront par changer le monde 🤞🏻

    Aimé par 1 personne

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