L’oasis à blaireaux

Alors non, je ne travaille pas pour 30 millions d’amis et ne me suis pas découverte une passion pour cet animal (les ratons-laveurs, les bébés phoques et les quokkas restent mes piliers de bonne humeur devant l’Éternel).

Après plusieurs rencards de qualité lamentable cet été, je suis arrivée à cette conclusion triste mais véridique : je suis une oasis à blaireaux.
Le genre de filles où lorsqu’elle raconte ses histoires, ses amis la dévisagent un peu navré, un peu amusé. Ils ont peine à croire à ses pérégrinations, se demandent si elle n’en rajoute pas, si elle n’aime pas ça presque. On ne sait pas si on doit lui souhaiter de continuer à se cogner des mecs pareils car elle mérite d’être heureuse mais au fond, ses anecdotes ont le mérite de bien nous faire rigoler.

– Continue d’en rire, c’est ta force, il ne faut pas que cela t’atteigne.
– Ca va bien deux minutes d’être le personnage principal d’une sitcom à l’humour hasardeux et humiliant, j’aimerai vous y voir.

Dans chaque groupe de potes, il y a une oasis à blaireaux / blairottes dont l’on suit les aventures avec une attention digne des meilleurs feuilletons. Si vous n’identifiez pas cette personne dans votre entourage, c’est que c’est peut-être vous.
Manque de bol, je suis cette source de fous rires malgré moi depuis presque trois ans. J’en viens à me demander si un de mes exs n’a pas lancé une petite malédiction type « elle ne doit jamais m’oublier et finira par me regretter ».

S’il y a des hommes hétérosexuels qui me lisent, il faut du courage (souvent) ou du masochisme (beaucoup) pour continuer de rechercher votre compagnie et vous aimer, après avoir croisé ce genre d’énergumènes.
Après, j’ai ma part de responsabilité.
Je n’arrive pas à lire le code de la route de l’amour : tous les feux rouges sont présents d’emblée mais je refuse de les voir. Je m’obstine. J’ai besoin de croire et de donner une chance, d’imaginer de la maladresse alors qu’il s’agit bel et bien de bêtise sincère. On me traitera de naïve, je répondrai humaniste.
Tout ça pour ne pas m’avouer que des fois, je suis franchement concon.

Mais qu’est-ce qu’un blaireau ?

Petit disclaimer : une fois de plus, il s’agira du point de vue d’une fille hétérosexuelle qui a collecté, durant trente petites années de sa vie sur les tables crasseuses de bars, des anecdotes croustillantes. Je tiens à préciser que l’intégralité de ce que je vais vous conter m’est arrivé et j’aurai préféré vous écrire que je file le parfait amour avec Arsélien depuis huit ans. Mais non. Life is a gift.
Vous vous sentez visés ? Too bad. Je généralise ? Trop triste.

Reprenons.

Un blaireau, c’est le mec radin qui ne veut pas prendre un verre dans un bar mais va acheter des canettes de Kro (oui, des CANETTES) au supermarché et insiste pour se poser dans un parc. Celui qui te dit :
– Oui, je me suis dit que j’allais te laisser une chance, t’es mimi. Je suis quand même plutôt beau gosse.
Tu pries pour qu’il s’agisse de second degré mais non, l’animal est sérieux.

Le blaireau se prend pour ce qu’il n’est pas : quelqu’un de bien, de raffiné, d’élégant.
– Je suis généreux.
– Tu donnes tous les mois à des associations ?
– Non. Quand on était enfant, je disais que je n’avais plus faim pour que mon frère ait la dernière part de gâteau au chocolat.
– Mère Theresa doit se sentir vraiment petite par rapport à toi.

Il se positionne comme hypersensible car sa dernière rupture lui a « ouvert les yeux » et il s’est enfin posé des questions sur ses émotions. Il te parle de son ex et des dernières meufs qu’il a sauté récemment entre deux gorgées de bière. Il les évoque comme des bouts de viande et je me demande souvent ce qu’ils imaginent provoquer chez moi : jalousie ? Admiration ? Envie de rejoindre ce tableau de chasse ?
Manque de chance pour eux, ils m’ouvrent une porte et j’enfonce les suivantes.
– J’ai sauté cette fille hier soir, les plus belles jambes de la soirée.
– Ah, c’est cool. C’était bien ? Le cul t’a plu ? Tu penses la revoir ?
Déstabilisé, le blaireau fait moins le malin car il ne s’attend pas à ce que tu rentres dans son jeu à ce point. Tu ne te laisses pas démonter (dans tous les sens du terme) et c’est bien ça le problème.

Doté d’un ego sur-dimensionné, il s’adonne au mansplaining avec passion. Il te coupe la parole pour t’expliquer d’un ton condescendant ton métier, tes passions, l’actualité. Exemple mûrement choisi :
– Nan mais tu ne devrais pas parler comme cela aux marques, elles n’aiment pas trop ça.
– Tu es ingénieur et je suis chargée de communication depuis trois ans.
Ou encore :
– Une femme a un instinct maternel, le fait de vouloir un enfant. C’est scientifique. Je ne te parle pas de mentalité, la femme est conçue comme cela. C’est animal.
– Comme le dit si bien Rachel Green, « no uterus, no opinion ».

Il ne supporte aucune contradiction, fonctionne par clichés sexistes « une fille est mystérieuse et c’est pour cela qu’elles nous plaisent », « ah tu gagnes plus que moi ? Tu es plus grande ? Tu as eu plus de partenaires ? J’avoue, ça me gêne un peu… ».
Moi, ça m’embête un peu ton embryon de moustache, ton sexisme ordinaire et pourtant, je ferme ma gueule. Fais pareil, sois mignon.

C’est celui avec qui tu finis par passer la nuit pour une raison obscure (soyons honnêtes : la simple envie de niquer).
Il tente de faire l’impasse sur le préservatif, insiste lourdement pour que tu le suces mais ne renvoie pas l’ascenseur, te mord au point de t’en laisser un hématome de la taille du Pérou, jouit puis s’endort. Ronfle. Réclame une serviette le lendemain, le café pour au final partir en te faisant un check. Oui, vous avez bien lu. Un check. En mode « toi, moi, en bas des blocs, salut cousine ».
Il t’écrira le lendemain « j’ai passé une super soirée » et tu te demanderas si vous avez bien passé la même.

Après, très souvent, vient la flagellation : qu’est-ce que je dégage comme phéromone pour me cogner ce panel d’abrutis ? Est-ce cela ma vie ? Mon destin ? A 80 ans à la maison de retraite, je retrouverai Jean-René, homme parfait mais il nous restera trois ans ensemble avant de se casser l’os du fémur.

Et au final, après des heures à me lamenter sur WhatsApp et Messenger (merci le sang de la veine), je relativise et me dis que ces personnalités sur ma route ont au moins le mérite de me faire rire et comprendre à quel point j’ai évolué. Il y a quelques années, j’aurai fermé les yeux, trouvé des excuses et n’aurai pas posé mes limites de la sorte. Plutôt que d’être seule, je me serai enfermée dans une relation délétère.

Je sais aujourd’hui précisément ce que j’attends du couple (mais cela sera sûrement l’objet d’une autre chronique) : je ne peux pas me contenter de moins que cela. Je ne peux plus diminuer mes exigences alors que je prends chaque jour de plus en plus confiance en moi, que tout ce que je tiens entre mes mains ne dépend que de moi et non d’une relation amoureuse.
Les blaireaux reviennent les jours où mon ego vacille, où je me sens vaine : comme un clin d’oeil de la vie en quelque sorte. N’oublie pas qui tu es et être avec eux ne fera pas disparaître la solitude. Elle l’exacerbera juste.

A tous les blaireaux de nos vies, merci donc. Merci de nous rappeler la joie de l’indépendance, de ce que l’on vaut et de ce que l’on aspire. Je sais qu’un jour, nous reconnaîtrons la personne avec qui partager un bout de chemin après toutes ces personnes aux dos hérissés de red flags.

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