Les baby-showers

Ah, la trentaine. Autant les mariages ont de la gueule, autant cet évènement me dépasse quelque peu.

La traduction littérale de Baby shower signifie douche de bébé. On en parle ? Je pense qu’il n’y a rien de plus chiant que de donner son bain à quelqu’un et mon esprit sarcastique me rappelle les anecdotes des mères de petit garçon qui se sont cognées une douche dorée en changeant de couche.
Mais comme on reste dans une société profondément mercantile, l’idée de ce type d’évènement est d’inonder la future mère sous une douche de cadeaux. Les bases sont posées : tu sais que tu vas raquer. Et diabète sur le cupcake, en quel honneur ? On s’enthousiasme parce que Michel et Michelin ont niqué et zappé la capote. Merveilleux.

Je trouve qu’il n’y a rien de plus vulgaire sur terre (hormis les string ficelle, Bigard et la médiatisation de la pauvreté pour faire grimper l’audimat mais c’est un autre sujet) que les listes de naissance pour bébé. Ca te manque tant que ça la liste au Père Noël pour ta poupée Corolle que tu te rattrapes à 30 balais ?
Le papelard est long comme la Bible et il m’arrive par instant de suspecter les parents de s’être gardé Sophie la Girafe en loucedé pour demander la poussette Rolls Royce 4X4 à la plèbe. Je me perds dans les multiples articles et en ai la sueur froide : on peut leur offrir une pièce en plus aux futurs parents ? Au final, je me décide pour trois biberons différents et un ours qui finira sur un vide-grenier. 60 balles en moins, des pâtes pour tout le mois et trois heures d’un ennui abyssal : les calculs ne sont pas bons. Je répète : LES CALCULS NE SONT PAS BONS.

Je préfèrerai tabler sur le seul présent utile pour moi : une soirée tranquille sans son chiard avec un massage à la clef et une petite bouteille de Ruinard pour la future mère épuisée. Mais les convenances m’obligent à être normative. Hélas.

Avant de lapider les baby showers, j’aimerai alerter sur les « digital natives ».
Ceux qui se contentent de faire un post Facebook où ils invitent ainsi tous leurs amis à participer à la grande ruine : je cherche dans ces instants présents la décence. Comment prendre les gens pour des porte-monnaie ambulants et leur forcer la main, à grands coups de rappel de conversation « attention, il ne reste plus que la sortie de bain lapinou, le jardin des ptits copains et la poussette Baby Lux… » Tu demandes aux personnes croisées en boîte il y a dix ans au fumoir de participer ? Tu penses sincèrement que sur un malentendu ton ex du collège va t’offrir le bavoir panda ?

Comme pour les mariages, certains invitent n’importe qui pour se donner un semblant de vie sociale. True story : j’avais un jour reçu une invitation pour une baby shower d’une de mes anciennes copines du collège que je n’avais pas revu pendant quinze ans : dans son cas, on était au delà de racler les fonds de tiroir.

Les baby shower ou la concentration de conversations de l’angoisse : que choisir comme tire-lait ? Les couches lavables pour on contre ? Un lit cabane en bois recyclé c’est si cute… Les braves (ou inconscientes) passées par là évoquent, des larmes dans les yeux, leur accouchement. Les anecdotes me donnent juste l’envie de me ligaturer les trompes et tabler sur des relations sexuelles composées exclusivement de 69. Comme les gens sont d’un égoïsme prononcé, il n’y a même pas d’alcool pour fuir et tu te retrouves à siroter un jus de goyave bio dans un verre en carton rose poudré.
Car oui, parlons en de cette décoration genrée à l’extrême : du rose, du bleu, de l’argenté, du doré, le tout bien évidemment en plastique pour achever de bousiller mère nature un peu plus. Et si les personnes sont sadiques, elles crèveront un ballon ou utiliseront des fumigènes qui nous niqueront plus les poumons qu’un paquet de cigarettes.

Le buffet est uniquement sucré : cupcakes, cakepop, nudcakes, biscuits, pinata cake, le tout recouvert de glaçage rose ou bleu. Une baby shower reste l’endroit idéal pour tuer un diabétique ou tester la solidarité des copines. Ta pote ne mange plus de charcuterie, fromage, vin : je n’ose dire qu’elle fait juste le régime le plus schlag de l’histoire. Tu repars avec un paquet de dragées dégueulasses qui moisiront sur une table.

Et je survivrai à tout cela s’il n’y avait pas les autres. Les « bonnes » copines qui pleurent de joie et s’éventent en soupirant des « han c’est merveilleux » alors que je cherche désespérément où sont cachés la bière et les sushis. Ma seule pensée demeure : c’est quoi ce goûter claqué au sol ? Vous ne pleuriez pas comme ça la dernière fois que j’ai levé un date Tinder alors qu’on est quand même sur la même chose ?

Je fuis comme la peste les mauvaises, les sournoises, celles qui te regardent du coin de l’oeil et susurrent « ne t’inquiète pas, ça va t’arriver ».
Ah mais si je m’inquiète. Il n’y a rien de pire qui puisse se passer que ce genre de choses et la pote enceinte en est le plus bel exemple. Son ventre ressemble à un oeuf de dinosaure et dormir relève de l’impossible. Comme se lever ou lasser ses chaussures, j’ai presque envie de lui jeter une pièce.
« Tu changeras d’avis » : la seule chose que je suis sûre de vouloir dans mon ventre pendant neuf mois non stop, ce sont des falafels, cousine.
J’en suis au point où je considère de plus en plus me prendre un petit Xanax avant ce genre d’évènements. L’amitié est une valeur primordiale à mes yeux et j’aimerai ne pas faire le vide passé 30 ans.

Certains beaufs, pardon hédonistes, décident de pousser le vice jusqu’à faire des activités. Oui, vous m’avez bien lu. Des activités et on est pas sur un strip poker, un concours de shot ou un bon vieux tarot des familles.
Il y a le « Jeu du ruban », où l’on fait deviner le tour de ventre de la future mère (félicitations, c’est un culbuto !).
Evoquons aussi le jeu du changement des couches sur une poupée (je ne le faisais pas déjà à huit ans) ou la réalisation d’un « gâteau de couches-culottes » (je vais vomir, je reviens).

En France, on conspue en bons chauvins cette tradition venue des USA. Pourquoi faire l’anniversaire sans le ou la principale intéressée ? On se le demande. Et comme on est vicieux, on a ajouté une vieille légende pour le tout comme quoi ça porterait malheur.

Ma seule consolation dans ce genre de fêtes est la joie de la future mère, souvent. Elle a les yeux brillants, on redécouvre la petite fille cachée en elle qui jouait à la poupée pendant des heures. Et voir ma copine heureuse suffit à me la boucler l’espace de deux petites heures, de m’adonner à l’effervescence et à la joie.

Après tout, ça doit bien être le seul enterrement festif sur terre : on lui dit adieu pour les vingt prochaines années.

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