Aimer

Il y a des mots qui renferment plus d’univers que d’autres et aimer en fait partie.

Je n’y apporte pas la même définition qu’enfant, adolescente, jeune adulte, qu’il y a trois ans ou encore deux semaines. Les couleurs changent en fonction de mes émotions, de ma fatigue, de l’élan que je ressens face à mon quotidien.

J’ai aimé, pourtant. Plusieurs fois dans ma vie, pendant ces 29 années. Mal, trop fort, de manière superficielle mais toujours avec l’envie et l’espoir de découvrir derrière l’autre des réponses. Un idéal bien réel, sans fioriture et mensonges. J’ai côtoyé des blaireaux, j’ai souvent été la personne insupportable à blacklister mais toutes ces expériences cumulées m’ont permis de définir précisément ce que j’attendais d’une relation. Et cette description m’a donné cette simple conviction : je ne pourrais plus jamais me contenter de moins que cela. Je ne pourrais plus jamais fermer les yeux sur mes valeurs et mes envies.

Aimer donc. Cinq lettres et une définition qui s’annonce sacrément longue. Accrochez-vous, on m’accusera de niaiserie mais celle-ci se trouve dans les yeux de ceux qui lisent (ça clashe).

Je veux la loyauté, en fer de lance, et la vérité. Brute, implacable, factuelle car elle ne blesse jamais – elle est ce qu’elle est. Les mensonges et la dissimulation m’ont toujours plus abimée qu’une phrase honnête.

Je veux la confiance. Savoir que l’autre sera présent mais ne se diminuera pas pour autant face à moi, ne s’oubliera pas et ne laissera pas son amour devenir une prison. De s’emmurer dans des convenances et dans des promesses d’amour éternel.

Je veux de la gentillesse car cet adjectif qualificatif est bien trop souvent conspué, associé à de la bêtise avec un certain mépris. Dire que quelqu’un est gentil devient une insulte alors qu’il s’agit de la plus belle qualité possible : très peu de gens fonctionnent ainsi. A donner sans attendre en retour.

Je veux des névroses compatibles avec les miennes (car oui si la personne ne comprend pas mon angoisse des punaises de lit et de la vérité, on risque de s’entretuer).

Je veux louper des métros, des ascenseurs, des trains, des avions et que l’autre en rit avec moi. Que l’on arrive ensemble à trouver le sens caché de cet acte manqué.

Je veux la vivacité, la curiosité, cette énergie étonnante que dégage certaines personnes où le mouvement semble être une seconde nature chez eux. Qu’elles soient silencieuses ou extraverties : l’ambition se mesure dans les actes, toujours, dans cette multitude de projets que nous nous donnons les moyens de réaliser.

Je veux rire aux éclats, pour tout et surtout pour rien, surprise par une répartie facile. Un ping-pong cérébral où l’on me smashe dans les coins lorsque je m’y attends le moins.

Je veux des orgasmes (mais idéalement, sans casser les lattes de mon lit).

Je veux de la spontanéité, une absence de calculs et de ruses. Où le « nous » reste toujours plus fort que le « je », sans pour autant oublier l’importance de ce dernier.

Je veux quelqu’un capable de me demander de la boucler et de me supplier d’aller courir pour que mes pensées se mettent en pause. Quelqu’un qui ne me crachera pas dessus lorsque je reviendrai, penaude, à m’excuser parce que oui, j’avais faim.

Je veux de la douceur, des mains qui s’effleurent, où les doigts réalisent les uns avec les autres des chorégraphies de caresse. Ces gestes suffisent parfois plus que des mots et de longues déclarations enfiévrées.

Je veux cette complicité, où en un regard, l’autre saura ce que je vais dire avant même que je n’y pense. Où je me sentirai moins seule et isolée lorsque la tristesse viendra de nouveau me ronger violemment.

Je veux des discussions sur les émotions car elles sont celles qui restent et nous rendent profondément vivant. Comprendre et analyser, encore, encore.

Je veux que l’on ne me demande plus jamais d’être petite, de me museler et de me taire car ma verve et mes avis dérangent. Que mon mètre 80 et mon incapacité à rentrer dans les codes, à défaut d’être des atouts, soient au moins acceptés.

Et surtout, je souhaite être libre ensemble. Que l’un comme l’autre puisse mener sa vie mais se retrouver ensuite. M’enfuir, danser, filer au bout du monde, discuter avec mes proches, me perdre et me faire face dans toute ma complexité et mon ambivalence. Rentrer et me glisser vers l’autre endormi et inversement.

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