Les matins

Je déteste les matins. Je dors mal, j’ai une fâcheuse tendance à l’insomnie, mes rêves me laissent très souvent perplexes. Que penser d’un lapin avec une carabine gardant ma maison ? Comment analyser des boutons que l’on perce et d’où sortent des poireaux, des choux-fleurs et des asperges ?
Mes rêves oscillent entre refuge et confrontation. Ces recommandés envoyés par mon inconscient m’alertent sur mon état psychique et mes angoisses. En quelque sorte, ce que je refuse de voir et d’affronter le jour me poursuit la nuit.

Le matin ne serait pas si dérangeant sans le réveil. Un retour à la réalité, brute et difficile, où les notifications sur mon téléphone me donnent envie d’hurler. L’Univers s’écroule, les médias nous abreuvent de nouvelles plus déprimantes les unes que les autres car rappelons-le : le malheur séduit et fait vendre.
Il faut aussi sortir de mon lit, m’extirper de la couette lourde comme trois ânes morts, du creux dans le matelas où je me réfugie chaque soir. Poser le pied sur le parquet, l’entendre grincer et frissonner, la température de mon corps se réhabituant à celle, fraîche, de l’air extérieur.

De temps en temps, tu es là. Je me réveille très souvent avant que tu n’émerges. A mon inverse, tu dors profondément en permanence. J’écoute ta respiration lente, calme et régulière : elle me berce presque autant qu’elle ne m’exaspère, lorsque le sommeil me fuit. J’observe tes doigts reposés sur les draps, tes mains ouvertes avec une simplicité désarmante. Prêtes à prendre, à donner, sans aucune réflexion et préméditation. Même inconscient, face à cette vulnérabilité que nous prête le sommeil, tu restes dans cet élan et cette ouverture. Moi qui ne dors que les doigts recroquevillés sur mes paumes, j’imagine que nos mains en disent bien plus long sur nos caractères que nous ne l’imaginons.

Je ne suis pas matinale. Je ne supporte pas que l’on m’adresse la parole avant un certain temps. J’éprouve le besoin d’être dans ma bulle, face à moi-même, fuyant tout contact psychique ou physique. Ma tasse de café à la main, je regarde par la fenêtre et j’observe. J’écris, entre deux gorgées, je griffonne ces phrases embrumées dans ce qui n’est en réalité qu’un carnet de bord de mes humeurs. Je râle, comme souvent. Je réfléchis. Je planifie. Je rassemble mon énergie pour faire face à ces matinées, pleines d’une réalité qui ne me satisfait pas entièrement et que j’espère faire changer tout au long de cette journée.

Mais tu vois, malgré la dureté âpre du monde à chacun de mes réveils, de ce quotidien que j’exècre car il ne me semble pas assez vivant ni coloré, les matins, avec toi, je les aimerais bien.

Joyeux anniversaire.

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