Et si

J’aime rêver et imaginer des scénarios absurdes lorsque le sommeil me fuit. Quand la réalité devient ce sombre piège, un carcan où respirer devient difficile. Où les fantômes nous assaillent et les angoisses nous murmurent au creux de l’oreille leurs pressentiments.

Mes scénarios combinent retrouvailles avec personnes ayant déserté mon quotidien, la plupart du temps. Des réparties acides avant de se tomber dans les bras en pleurant et en s’avouant à quel point on s’est manqués. Niveau Harlequin et Dawson bas de gamme.
De temps à autre, je me surprends et je m’imagine recevoir un Oscar, les larmes aux yeux. « Je suis si touchée que mon sketch sur les sex toys vous ait séduit, c’est un si grand honneur d’être là ».

Puis, les jours où j’ai vraiment un coup de grisou sec et méchant, j’imagine ma mort.

Ambiance. Ca plombe une chronique hein ? Après, ne mentez pas, on l’a tous fait au moins une fois, avec ou sans fièvre démentielle provoquée par la grippe (ou un rhume si on est un homme).

Bien évidemment, je n’ai pas prévu de casser ma pipe de sitôt. Ce genre de pensées a juste pour but d’élaborer de nouveau ma bucket list. De me poser cette simple question : « ma vieille, si tu en venais à tirer ta révérence, de préférence sans cancer et souffrance, qu’est-ce que tu regretterais de ne pas avoir fait ? Où tu te flagellerais religieusement avant de rejoindre Saint-Pierre, la faucheuse, ta grand-mère et tout ce beau monde là-haut ? »

Si je devais mourir demain, qu’est-ce que je ferai ?

Je commencerai par avouer ces choses honteuses. Celles qu’on se cache tous et toutes.
Que toutes les fois où j’ai annulé un verre pour cause de migraine ou rhume, c’est souvent parce que l’idée de voir la gueule de l’autre personne m’épuisait d’avance. Que je n’en pouvais plus de ces lamentations élégiaques pour des conneries.
Je confierai qu’il y a pléthore d’invitations Messenger pour des cagnottes d’anniversaire / déménagement / achat d’un pot de maïs que j’ai sciemment ignoré, « oh je n’avais pas vu, c’était dans mes Spams ».
Que toutes ces fois où j’ai blâmé le métro pour retard, c’est uniquement parce que je suis partie à l’heure du rendez-vous initial proposé pour cause de flemme.
A mes parents qu’ils n’ont pas idée du nombre de fois où j’ai piqué dans leur portefeuille pour m’acheter des cigarettes.
Que je vais stalker religieusement le profil de gens à qui je ne parle plus et même de parfaits inconnus pour m’occuper aux toilettes (ou dans le métro. ou la nuit pendant l’insomnie. Tout le temps en fait).
Je dirai à mes copines dont le couple ne tient pas la route qu’il est temps de larguer ce goujat vite fait, bien fait. Que leur mec a le Q.I d’une betterave et qu’elles méritent mieux que cette relation aussi peu épanouissante.
Enfin, je confierai du bout des lèvres que j’ai pris un plaisir honteux à regarder Emily in Paris, N’oublie jamais, Winx Club alors que je les conspue en société, en battant des cils, mon verre de rouge à la main.

J’enverrai mon roman à une maison d’édition et verrai, depuis là-haut, s’il est consacré comme chef d’oeuvre ou simple bouse.
Je brûlerai tous mes journaux intimes car si le bouquin marche, on voudra les publier en mode « Anaïs Nin » et clairement, la prose et le fond sont bien trop pauvres. Personne n’a besoin de savoir que mes angoisses sont les mêmes depuis mes 21 ans et reviennent comme un disque rayé. Mes amis le confirmeront.

Je ferai peut-être un truc de dingue : un tatouage sur le poignet, un piercing au téton, un rail de cocaïne, un saut en parachute (je te vois venir Aurélien, c’est non), me raser la tête ou devenir blonde platine, un sauna libertin.
(Oui, je suis une meuf « traditionnelle » et angoissée. Ma plus grande expérience à sensation forte reste un saut en parapente où j’ai cru littéralement clamser et Rock’n Roller Coaster à Disneyland Paris.)

Je viderai le peu d’argent que j’ai sur mon compte en banque pour tout filer à quelqu’un dans la rue.
J’irai dire à Blake Lively que si je dois faire l’amour avec une femme, c’est elle, personne d’autre, et qu’elle ne peut pas refuser ça à quelqu’un de condamnée. Question de principe, de coeur, d’altruisme (sortez les violons).
Si elle refuse (son époux Ryan Reynolds n’étant pas de cet avis), je me rabattrai sur Hugh Jackman, meilleur ami de Ryan et le supplierai de mettre ses fausses griffes de Wolverine (à chacun ses fantasmes).

Un brazilian but lift et une mammoplastie seront de mise pour enfin comprendre ce que c’est d’avoir des fesses et des seins de bonne taille.

Je ferai la fête une dernière fois avec tous mes amis, en leur disant à quel point je les aime et qu’ils ont ensoleillé mon quotidien. On se collerait une tôle phénoménale et j’arriverai presque soulagée au Ciel car je n’aurai pas à encaisser la gueule de bois.

J’appellerai tous les garçons qui ont compté dans ma vie (ça se compte sur les doigts d’une main) et leur souhaiterai le meilleur, tout en glissant une petite leçon de morale. (Approcher de la mort donne tous les droits, même celui de se prendre pour un Yoda un peu cheap). Soyez heureux, oubliez la toxicité, reconnaissez vos erreurs et manquements, débarrassez-vous de cette virilité réductrice, hasta luego.
Je dirai à n°1 qu’il est un bon père, à n°2 qu’il faut se libérer de ses démons, à n°3 que, oui, ça s’appelle une agression sexuelle.
Et bonne chance à vos amoureuses actuelles s’il y a.

Sushis, pain, rocamadour, pizzas quatre fromages, mangue, chocolat aux noisettes et glace seront ma seule alimentation. Je fumerai des cigarettes sans remords et me descendrai des pina colada réalisées par un barman très sexy en calbute.
Je rentrerai dans une boutique de luxe et je leur dirai à quel point leurs vêtements sont dégueulasses, qu’ils sont le pur produit du capitalisme et qu’ils méritent l’enfer.
J’en profiterai pour cracher sur le marbre et dans les poches des perfecto en simili fabriqués par des Ouighours.

Je conduirai une dernière fois pour être sûre que ce n’est pas fait pour moi et tenterai d’écraser un pigeon pour la fast life (je plaisante).

J’avouerai à mes parents que, même s’ils ont fait leur possible, mes dix ans de thérapie leur sont en partie due mais que si ça peut les rassurer, je n’aurai sans doute pas fait mieux.
Je dirai à mon frère que partir au Canada était une connerie pour la simple raison qu’il aurait mieux valu aller dans un pays CHAUD. SIMPLEMENT. POURQUOI LE FROID, POURQUOI.

Sans surprise, j’irai te voir et chuchoterai au creux de ton oreille. Mes failles, mes manques, le manque. Tout. Mon amour inconditionnel.

Ou peut-être que je ne ferai rien de tout ça. Je resterai chez moi, allongée sur mon lit, les yeux fermés. J’attendrai. Je respirerai doucement. Je contemplerai ce qu’il s’est passé.
Et quand elle viendra de sa cape noire, je lui tendrai la main. Et j’emmènerai, pour la forme, ceux qui disent « malgré que, Zemmour Président, au feu les One Direction » avec moi dans la foulée.

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