La rentrée

Ah, la rentrée… Cette préoccupation d’adulte ô combien réjouissante.

Nous sommes revenus et prêts à attaquer comme il se doit septembre, le mois le plus long et le plus fastidieux de l’année. Car oui, après glaces, apéros, mer et balade, nous retrouvons impôts, rendez-vous médicaux et nettoyage infernal. La cuite après l’ivresse. En bonus, cette année, on nous rajoute le dépistage Covid avec un coton-tige de l’enfer ambiance Egypte Ancienne à nous enfoncer dans le pif (souvenez-vous des cours de sixième sur la momification).
Le métro, désert au mois d’août, devient de nouveau une boîte à sardine des plus détestables où l’on retrouve ceux qu’on avait occulté avec bonheur : les râleurs, les hommes en costume, le manspreading, les frotteurs, la mauvaise humeur, les gens qui poussent… (Mais je crame mes cartouches pour ma chronique à venir sur le métro parisien).

Il faut voir tous les amis disparus pendant l’été car évidemment, personne n’a pris ses vacances au même moment ou ensemble. Notre emploi du temps de septembre est plus chargé que celui des ministres pendant la crise du Covid et l’on se retrouve à baragouiner les mêmes histoires à différentes personnes.
Mais si notre été n’a pas cassé trois pattes à un canard, cela se ressentira assez vite.
Dans tous les cas, la sensation de devenir un vieux disque rayé à déblatérer toujours les mêmes anecdotes devient extrêmement lassante. Au premier verre, l’histoire dure une heure et demi avec moults détails, flashbacks, description de la feuille d’arbre à côté du premier bisou et j’en oublie.
Au bout de la sixième soirée, on boucle notre roman de 8000 pages en trente secondes. Un bon exercice de synthèse.

Notre entourage étale son bronzage et demande, cruels :
– Ouhla mais tu as mauvaise mine ? Tu n’es pas parti ? Tu as eu mauvais temps ?
Les visages translucides restent pour certain.e.s une problématique de naissance. Dans mon cas, même si je partais huit mois sous un soleil tropical, je reviendrai juste dotée du teint de mes compatriotes après deux jours à Deauville.

Il n’y a jamais autant d’anniversaires et de soirées qu’en septembre car évidemment, ceux nés durant l’été décident de célébrer leur anniversaire et les Vierge de notre entourage refusent de se laisser couper l’herbe sous le pied. Vient le moment de planifier tes soirées tel un.e wedding planner de l’extrême et faire monter les actions de Doliprane, Citrate de Bétaïne et San Pelegrino. (Et demander une augmentation de ton découvert ou du plafond de carte bancaire)

Après l’accalmie de l’été, c’est l’heure des retrouvailles entre collègues, prospects et tout le monde est sur le pont ! Un espoir naïf au creux du coeur : faites que les vacances aient apaisé certain.e.s personnes et auront adouci des caractères ombrageux… Perdu. Ces trois semaines à chiller sur la plage ne les ont rendus que plus créatifs pour te casser les ongles avec une brique, en bonne et due forme. De 30 mails hebdomadaires, bonjour les 300 quotidiens. Non, vous ne nous avez pas manqué.

Septembre reste le mois de l’hypocrisie : pétri.s de bonnes intentions, la rentrée débute du bon pied avec un programme à faire pâlir Monica Geller. Yoga, méditation, espagnol, lecture, écriture, courses à pied, poterie, dessin, lever à 5h, coucher à 22h, batch cooking et bye bye deliveroo.
L’exploit dure trois jours et puis, au final, nous lâchons assez vite prise. Who cares. Il reste janvier.

Les parents sont soulagés comme jamais à l’idée de se débarrasser de leur gamin et bénissent les enseignants, le centre aéré, les activités en parallèle. Après deux mois d’été et le confinement, la rentrée reste au final plus bénéfique pour eux qu’un bon shot de Prozac. Mais le revers de la médaille est là : tu n’as certes plus tes gosses sous le coude mais apparaît la rentrée et toutes les tuiles que cela incombe. Un rythme effréné où le quotidien se doit de reprendre sa place dans un espace temps record, parents versus enfants, le choc des titans.
Ils les dispensent de faire les exercices de flûte et se débattent avec les activités, les devoirs, les lessives, les fournitures scolaires, les crises, les doudous perdus. Interviewer un parent au mois de septembre peut être une très bonne publicité pour l’abstinence : au bout de dix jours, ils ne ressemblent plus à Jean Dujardin et Eva Green mais à Jean-Paul Belmondo et Line Renaud.

Et lorsque je vois les enfants déambuler dans la rue, la gifle me frappe. Une bonne mandale dans mes babines vieillies. Je ferme les yeux et imagine ce qu’ils peuvent ressentir, ce que j’éprouvais il y a de cela plus de 15 ans. La rentrée scolaire, ce synonyme de l’appréhension. Nouvelle classe dans laquelle ils viennent d’être parachutés, des enseignants, des devoirs à faire comprenant division à virgule, règles du participe passé, les Gaulois, disséquer une souris, cours de flute, patchwork de dessin, confection d’un pot à crayon et j’en oublie… Cette angoisse sourde de devoir faire face à ces copains potentiellement perdus de vue pendant l’été, cette époque où les amitiés se font et se défont aussi sûrement que des lacets de Converse.

Leurs sacs font leur taille et la moitié de leur poids, ils disparaissent presque derrière de dos. Ils insistent pour obtenir le dernier cartable à roulettes (grande erreur que cette invention qui a pour malédiction de frotter ses roues dans la pisse et autres défections canines ou humaines), l’agenda coloré, les stylos à paillettes, les protège cahier flambants neufs et l’odeur du papier plastique, si reconnaissable, pour les lourds livres d’école.

Je regrette presque cette époque. Presque. Cette douce insouciance où, pour une majorité d’enfants, les seules préoccupations consistaient à ramener la moyenne et gagner des pogs dans les cours de récréation. Où l’année est rythmée au fil de la photo de classe, des vacances scolaires, des conseils de classe et des films diffusés sur des télés perchées bien trop haut. Les enfants pleurent dans la rue car ils refusent d’y retourner et je me mords les lèvres pour ne pas souffler « ce n’est que le début, tu en as encore pour 10 ans ».

J’aimerai leur dire de profiter, qu’un jour ils deviendront des adultes et que leur préoccupation ne sera plus d’écrire un mot d’amour sur du papier quadrillé déchiré à la hâte.

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